Revue de presse :
Aux couleurs du monde
« Autour et au milieu des belles pierres de l’abbaye d’Arthous, à Hastingues, se tient le neuvième Festival international de
céramique. Il a commencé samedi et s’achève aujourd’hui. Plus de soixante exposants y jettent leurs couleurs à la vue des
chalands. C’est tentant, car artistique et façonné avec un savoir-faire étonnant. Des poteries, des faïences, des grès, des
sculptures de fer, etc. La vue est belle… Et le fond sonore dépaysant, car le Mali est à l’honneur.
Plus précisément les forgerons dogons et d’autres Maliens, outillés non pas avec des enclumes et autres bigornes, mais avec des
instruments de musique traditionnels. "Moi, je n’aurais pas été capable de monter cette pièce au colombin", entend-on. "Tu l’as
recouverte de chamotte ?"
"C’est une question de séchage !" On sent tout de suite que l’on a affaire à des spécialistes passionnés. D’ailleurs, il n’y a
qu’à observer le résultat pour s’en persuader.
Cette touriste espagnole craque : "Elles sont vraiment admirables vos carafes ! J’en prends trois". Des pichets ocres, elle va
se diriger vers les pots géants, dans la cour. Là, quelques Anglais admirent "le raffinement dont font preuve les artisans français".
Pendant ce temps, les Maliens proposent
leur démonstration de forge traditionnelle sous le chapiteau. Au moyen
de soufflets en peau de bête, ils préparent leurs objets d’art. Et
captent l’attention. L’association Terres d’Aquitaine qui s’est échappée
en Pays Dogon, a bien fait de les convaincre d’embarquer pour Hastingues.
Car leur tour de main hérité depuis deux millénaire fascine.
Se dirigeant vers l’église, un jeune couple entend "profiter de la fraîcheur". Pour son plus grand plaisir, il y trouvera notamment
les créations d’Edmée Delsol. Des sculptures de verre et de terre… "qui feraient bien dans notre salon", se disent les
tourtereaux. Finalement, le Festival de la céramique, c’est un peu un grand marché. En plus cher, souvent. Mais surtout en plus beau.
Pour les exposants, c’est aussi un moyen de se faire connaître et d’échanger leur expérience avec celle du voisin. Tout le
monde s’y retrouve ».
Des forgerons dogons en résidence à Hastingues
« C’est après avoir visionné le film Inagina, l’ultime maison du fer, en compagnie de Michel Rozier, forgeron-sculpteur,
que Michel Gardelle, céramiste et président de l’association Terres d’Aquitaine, a eu l’idée, il y a deux ans, d’accueillir en résidence
artistique des forgerons maliens sur le Festival d’Arthous. Mais pourquoi faire venir des spécialistes du fer dans une manifestation
consacrée à la céramique ? "Parce que ce sont deux disciplines rattachées aux "arts du feu", explique M. Rozier. La potière n’est-elle
pas, dans ces pays, traditionnellement l’épouse du forgerons ? Et même si les techniques sont différentes, tout comme les températures
de chauffe, il existe des affinités évidentes entre le travail du métal et celui de la terre au niveau des matériaux, de l’outillage,
de la terminologie employée, etc., que nous souhaitions mettre en valeur".
[…] C’est ainsi qu’en discutant avec les populations locales, nos quatre amis ont pu découvrir chez les Bambaras à 200 km de Bamako,
un premier site de bas-fourneaux où, au regard des montagnes de scories présentes sur place, il était évident que des réductions
avaient été menées là depuis des centaines d’années. […] …. nos voyageurs se sont ensuite rendus en Pays Dogon pour retourner sur
le lieu même où le film Inagina avait été tourné en 1995 par des archéologues suisses. "Sur place, raconte M. Rozier, nous avons
retrouvé de vieux forgerons qui avaient participé au tournage de ce documentaire qui rend honneur au savoir des derniers "maîtres de
fonte africains". Nous sommes montés à l’endroit où s’est déroulée cette ultime réduction pour, hélas, constater qu’il ne restait plus
que des vestiges de cette pratique. Les bas-fourneaux ne subsistent qu’à l’état de ruine."
[…] "C’est ici, poursuit M. Rozier, que nous avons rencontré Ousmane Dioh qui, 11 ans plus tôt, avait lui aussi participé
au film Inagina. Etant moi-même du métier, le contact est très vite passé entre nous. Aussi lui ai-je demandé de forger pour
qu’il nous montre certaines particularités de son "tour de main". Dans la foulée, nous lui avons proposé de venir en résidence
sur le festival 2006. Il en fut ému aux larmes : pour lui, ce n’était pas la première fois que l’occasion d’aller en Europe se
présentait. En effet, les réalisateurs du film l’avaient déjà sollicité, mais à l’époque sa famille avait refusé de le laisser partir.
Trop de travail à la maison."
[…] … nos voyageurs vont faire la connaissance d’un autre forgeron, Yessa Akougnou Faye. Egalement spécialisé dans la fabrication
d’outils, cet artisan développe en parallèle une production plus personnelle : des œuvres inspirées de la cosmogonie Dogon.
[…] Au cours de ces trois jours d’exposition, nos deux forgerons auront donc initié le public à la construction d’un bas-fourneau
traditionnel dogon. Cependant, en raison de délais trop courts (à l’époque où ils fabriquaient encore eux-mêmes leur métal au pied
de la falaise Bandiagara, près d’un mois de travail était nécessaire entre la récolte du minerai, la fabrication du charbon de bois,
la construction du four, le séchage des couches d’argile réfractaire, la réduction proprement dite et, enfin, le rituel consistant à
remercier la terre d’avoir donné le fer), il n’a pas été possible de procéder à une réduction in situ. En revanche, Yessa Akougnou Faye
et Ousmane Dioh se sont attachés à démontrer leur savoir-faire de forge à travers la fabrication de pièces forgées de toutes sortes :
des appuie-tête (objet traditionnel destiné à être placé sous la nuque des défunts par lequel son propriétaire affiche son appartenance
ethnique et familiale), des sculptures féminines symbolisant la fécondité, des outils pour le travail des champs, des couteaux de
chasse, des haches, etc. […] ».
Céramique d'ici et d'ailleurs
« Je n’ai jamais vu un marché de potier semblable. Tout le monde vit en autarcie ici. C’est un endroit magique,
un véritable bouillon d’échange et de culture", s’enthousiasme Bernard Thiran. Cet enseignant de l’École Supérieure des
Métiers d’Art d’Arras n’a pas hésité à parcourir la France pour accompagner ses élèves, cinq jeunes filles, à la
découverte de ce lieu atypique. "Je tenais à ce qu’elles découvrent l’atmosphère qui règne ici, cet esprit d’entraide,
tellement propre à l’univers de la céramique. C’est aussi l’occasion de leur faire découvrir d’autres savoir-faire."
Le Festival d’Arthous se veut en effet ouvert sur le monde. Avec une nette inclinaison pour l’Afrique noire :
sur huit éditions, seules deux, la Turquie et le Mexique, ont dérogé à la règle. "C’est vrai qu’on est attaché à l’Afrique,
reconnaît Michel Gardelle, président de l’association Terres d’Aquitaine et responsable de la sélection.
Là-bas, les artisans continuent d’utiliser des modes de fabrication qui sortent de la nuit des temps et qui ont souvent
disparu ici. On a beaucoup à apprendre."
."
Lui-même se rend régulièrement sur place, pour arpenter les villages en quête d’artisans prêts à venir en France.
L’idée étant de maintenir des liens sur le long terme : "En Afrique, la céramique est souvent dénigrée, personne n’y
accorde d’importance, poursuit Michel Gardelle. Notre but, c’est d’aider les artisans à se faire connaître, pour les
valoriser. Par exemple, les potières béninoises qui sont venues à Arthous il y a deux ans ont récemment été contactées
par un autre festival, en Angleterre."
."
Après le Bénin, le Ghana : dans la prairie de l’abbaye, trois potières ghanéennes enseignent leur savoir-faire à d’autres
céramistes, tous professionnels. Malgré la barrière de la langue, la communication passe plutôt bien. En partie grâce à
Sam, l’interprète, qui passe sans problème du toui, la langue locale, au français ou à l’anglais. Et puis les gestes se
passent de mots. Parmi les apprentis, les cinq élèves de l’école d’Arras, venues profiter du stage, sont ravies.
[…] terre vernissée, grès, porcelaines… Sur les stands, on trouve de tout, du plus traditionnel au très contemporain.
Les céramistes invités à présenter leur œuvre viennent de partout en Europe. […] À l’intérieur de l’abbaye, l’ambiance
est tout de suite plus solennelle. Une exposition regroupe les œuvres de deux céramistes contemporains : Daphné
Corrégan et Jean Nicolas Gérard. "L’an dernier, nous avons reçu Fanny Ferré. Les pièces étaient monumentales, de
grands personnages qui emplissaient l’espace. Cette année c’était plus difficile, car les pièces sont plus petites." La mise
en scène se joue pourtant avec habilité du caractère imposant des lieux.
[…] En huit ans, le festival a gagné en notoriété. On y vient des alentours, de Dax, Bayonne ou Bordeaux. Mais aussi
de plus loin. "Le public, ici, est vraiment intéressé par la céramique, explique Sylvie Rusé-Maillard, céramiste. C’est un
public de passionnés… J’ai une production qui s’adresse à un public haut de gamme, pas celui du marché traditionnel.
Je le trouve ici. Ce festival est une aubaine pour moi. Certaines personnes reviennent me voir d’une année sur l’autre,
pour m’acheter une nouvelle pièce."
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Si le public se déplace jusqu’à Hastingues, petit village à la frontière des Landes et du pays basque, c’est aussi pour
l’atmosphère du festival, si particulière. Passer trois jours dans ce lieu clos, plongé en pleine nature, donne l’impression
d’être hors du temps. […] L’atmosphère des années 70 n’est pas loin. Une atmosphère encore renforcée par la
programmation d’un concert en nocturne, le samedi soir. A la tombée de la nuit, la pelouse est prise d’assaut par les
danseurs, qui déambulent sur les rythmes africains. […] "Ici, c’est un peu le Woodstock de la céramique, estime
Pauline. On est coupé du monde." Une parenthèse qui prend fin au bout de trois jours : chacun repart chez soi. Il faut
replier les stands, remballer les affaires. Mais ce n’est que partie remise : l’année prochaine, le rendez-vous est inchangé".
Naissance d’une jarre.
« Courbées, les mains et avant-bras maculés de terre, Grace, Happy et Dyianna s’activent autour des pièces
qu’elles façonnent depuis hier matin. Originaires du village de Benkroum, au centre du Ghana, les trois femmes animent
le stage de poterie organisé dans le cadre du 8ème Festival International de céramique, qui a pis des quartiers jusqu’à
demain dans le bel écrin de l’abbaye d’Arthous. Les trois Ghanéennes ne parlent ni français, ni anglais, mais, sous ce
chapiteau ouvert aux regards, le langage est avant tout celui des mains. "En Europe, nous travaillons surtout avec des
tours", commente Laurent Dufour, potier alsacien et membre de l’association Terres d’Aquitaine, co-organisatrice du
festival avec le Conseil Général. "et c’est vraiment compliqué de tourner uniquement à la main".
Aidé des trois invitées, les quinze stagiaires, céramistes professionnels ou étudiants aux beaux-arts, modèlent des jarres
de plusieurs gabarits. Des poteries réalisées en deux parties, avant d’être cuites à l’ancienne. Prévue pour cet
après-midi, cette cuisson en public et au grand air sera sans doute reportée à demain ou à mardi. Les pièces doivent en
effet sécher au préalable ; une étape qui ne pose pas de problème sous le soleil du Ghana, mais qui est nettement plus
aléatoire sous nos cieux tempérés. D’où le recours à un générateur d’air chaud orienté vers les pièces déjà façonnées.
"C’est une terre très agréable à toucher, très plastique" souligne Richard Manzo, venu du Var pour participer à ce stage.
"Quant à la technique, c’est le potier qui tourne autour du pot !"
Si les mots pour expliquer viennent à manquer, Sam Cole, l’accompagnateur des trois Ghanéennes, se fait leur
porte-parole : "Ces pots servent à beaucoup de choses au Ghana. Dans les villages, ils sont souvent installés devant les
habitations pour recueillir l’eau de pluie. On les utilise aussi pour puiser l’eau, faire la cuisine, ou comme objets de
décoration." Prises dans les campagnes ghanéennes à l’automne dernier, les photographies de Louise Gardelle donnent
un aperçu de la réalisation sur place de ces poteries. Céramiste à Canenx et Réaut, Michel Gardelle est pour sa part le
commissaire de l’exposition-vente qui se déroule entre la cour et le jardin de l’abbaye. Venus des quatre coins de
France, d’Allemagne, des Pays-Bas ou de Belgique, les soixante-quatre artisans présents à Hastingues ont tous été
invités pour la qualité de leur travail. Utiles ou décoratives, sobres ou chamarrées, issues de plusieurs techniques, leurs
poteries et sculptures sont en grès, faïence, émail ou parcelaine".
« Viva Mexico !
C'est le Mexique et ses terres cuites colorées que le 7ème Festival international de céramique reçoit cette année à
Arthous, dans les Landes, du 29 au 31 mai. Ester Hernandez Hernandez et Maria Edgari Paredes Vasquez, potières indiennes
de la région de Veracruz, viennent d'Amérique latine accompagnées de la céramiste Claudia Cancino pour dévoiler leur
savoir-faire aux professionnels et au public qui assistera à des cuissons traditionnelles.
Une exposition de pièces et
de photos et des conférences feront découvrir divers aspects de la poterie mexicaine tandis que "Les Mariachis"
assureront l'animation musicale. Le jardin et la cour de l'abbaye accueillent par ailleurs soixante-quatre céramistes
d'Europe pour un grand marché convivial. Enfin, les groupes de personnages sculptés grandeur nature dans l'argile par
Fanny Ferré imprègneront de leur silence l'église de l'abbaye".
« Céramiques d'ici et d'ailleurs.
Ils étaient au Mexique en novembre dernier, arpentant les routes de village en village, à l'affût de cet art ancestral :
la poterie. Comme ils l'avaient fait au Mali, au Burkina ou au Maroc, Louise et Michel Gardelle cherchaient cette
tradition séculaire : la poterie culinaire, majoritairement réalisée par des femmes, qui, dans chaque région, chaque
pays, met en œuvre des techniques de façonnage, de décor ou de cuisson originales. Aidés de Juan Sanchez, archéologue
à Xalapa, ils ont découvert les potières du village de San Miguel Aguazuelos.
Deux d'entre elles ont accepté de traverser l'océan pour partager au cœur des Landes leur savoir-faire avec leurs
homologues français.
[…] Depuis la première édition du Festival international de céramique, en 1998, Michel Gardelle, céramiste, veut
défendre "cet art qui n'est pas majeur dans les esprits, alors que c'est un moyen d'expression à part entière".
Valoriser le travail de potiers ou céramistes du monde entier, transmettre leur savoir-faire à leurs alter ego ici,
créer des liens et un lieu de rencontre à travers le marché de potiers, entre professionnels et avec le public.
Le Conseil général des Landes, via le Centre départemental du Patrimoine, finance et gère le projet depuis la première
aventure, lui confiant le commissariat de ce festival. "Une manifestation qu s'inscrit dans le long terme et qui veut
affirmer la céramique comme un art", explique Philippe Camin, conservateur départemental des Musées et du Patrimoine
des Landes". La céramique est un des domaines des arts plastiques les plus dynamiques en France. Mais il manque de
reconnaissance publique. Pourtant, derrière le travail de la terre et des émaux, il y a des techniques très pointues
et une réelle expression artistique".
« Installé au fin fond de la forêt de pins dans une maison landaise d'un autre siècle, Michel Gardelle n'a pourtant rien d'un solitaire. Chaque année, il propose même l'un des événements les plus conviviaux des Landes du Sud, le Festival international de céramique de l'abbaye d'Arthous. Gardelle, créateur de l'association Terres d'Aquitaine, est un céramiste reconnu. Un plasticien aussi, dans la mesure où sa production se rapproche davantage de la sculpture que de la poterie utilitaire. Ses totems ou ses boîtes sur roulettes montrent une grande décontraction à l'égard des formes traditionnelles, et son usage de la couleur par engobe sous émail une subtilité assez remarquable.
Mais il appartient quand même à la grande famille de la terre et du feu. Et son festival s'efforce d'en refléter la diversité. Dans l'église, d'abord, sont présentés deux artistes invités qui servent d'inspirateurs et tirent la manifestation vers le haut.
Cette année, il s'agit de la plasticienne japonaise Haguiko et du céramiste sculpteur Gilles Suffren. La première, professeur d'espace-design aux Beaux-Arts de Marseille, travaille des plaques laminées et enroulées, transformées en disques, cylindres, dalles, et recomposées en installations complexes où l'eau, le verre ou le papier viennent parfois s'intégrer. Ses œuvres figurent dans la collection de plusieurs FRAC et musées français. C'est le cas aussi pour Gilles Suffren qui utilise les blocs de céramique pour? des compositions dans l'espace d'esprit minimaliste.
Deux potières turques. A l'opposé, l'aspect purement technique est assumé par des potiers (des potières le plus
souvent) venus de pays où ils pratiquent des techniques traditionnelles. C'est ainsi que des Marocaines, des Bambaras,
des Dogon du Mali, des Béninoises, des femmes du Burkina se sont succédées au cours des années pour faire démonstration
de leur savoir-faire et échanger leurs connaissances avec les céramistes européens.
Pour beaucoup de ces artisanes, c'était le premier voyage hors de leur pays, et la famille Gardelle leur a épargné le mal du pays en les recevant avec une chaleur toute amicale. Cette année, les invitées sont deux potières turques du village de Gökeyup qui réaliseront en public les objets de leur production habituelle. Les céramistes intéressés viendront travailler avec elles pour s'imprégner de leur technique spécifique. Et, chacun d es trois soirs du festival, à l'heure de la fête, la musique turque sera à l'honneur. Et puis il y aura "le grand marché" où une soixantaine de céramistes européens mis surtout français (dont un certain nombre de la région) viendront montrer leur production de l'année. Tout en respectant la diversité des goûts, Terres d'Aquitaine s'efforce d'opérer une sélection rigoureuse. Et espère que la manifestation gagnera de plus en plus de notoriété hors frontières, de sorte que le brassage et la diversité soient plus grands. Car le goût de l'échange est bien la force souterraine de Michel et Louise Gardelle, qui aiment aller à la rencontre de leurs homologues en Afrique, au Maghreb ou ailleurs, et qui savent tisser avec eux des liens solidaires et durables. »
« Flamme noire en terre blanche.
Céramistes de tous les pays, unissez-vous ! Le Festival international de
céramique est là pour ça. C'est l'événement de l'année, que l'on soit
professionnel, amateur ou simplement curieux. Tous les ans, les potiers du
monde se donnent rendez-vous dans le minuscule village d'Hastingues, au cœur
de la forêt landaise, ou à l'abbaye d'Arthous, vénérable édifice fondé au
XIIe siècle par les prémontrés à un kilomètre de là. Soixante potiers
investissent son cloître et son jardin pour exposer et vendre pots et
sculptures en grès et en faïence. Les meilleurs créateurs contemporains font
partager, parfois avec une truculence toute méridionale, leur passion et
leur savoir-faire aux visiteurs de cette foire aussi conviviale
qu'originale.
Intérêt de cette manifestation […], sa cinquième édition : les artisans
d'Afrique, invités en résidence artistique, enseignent leurs techniques à
leurs homologues français et européens. Un bel élan de coopération Sud-Nord.
Après les Marocaines du Rif, les Bambara puis les Dogon du Mali et, en 2001,
les potières béninoises, c'est au tour des artistes du Burkina.
Souleymane Gandema est bronzier à Koudougou, à quatre-vingt kilomètres de la
capitale Ouagadougou. Il enverra trois de ses fils, Adama, Ousseini et
Salif, qui travaillent aussi dans son atelier, transmettre leur
savoir-faire. Gageons que la fonte traditionnelle effectuée au milieu du
public sera un temps fort du Festival d'Hastingues. Mais pourquoi faire
venir des spécialistes de la fonte du bronze dans une manifestation
consacrée à la céramique ? Parce que ce sont deux "arts du feu". La
potière n'est-elle pas, traditionnellement, l'épouse du forgeron ? Certes,
le travail est différent, tout comme les températures de chauffe, mais
l'affinité est évidente entre la fonte du métal et celle des minéraux qui
servent à recouvrir la céramique.
Dans l'atelier Gandema, on utilise la technique dite "à la cire perdue", la
plus ancienne et la plus simple, qui illustre admirablement le rapport entre
la terre et le métal. Les objets sont d'abord façonnés dans de la cire
d'abeille. On les recouvre ensuite d'une couche d'argile, préalablement
mélangée à du crottin d'âne pilé et tamisé, pour la rendre souple et éviter
qu'elle ne se rétracte trop à la cuisson. Quand elle est sèche, on en
applique une nouvelle couche. Après un deuxième séchage, les moules sont
arrosés de barbotine, une terre plus diluée destinée à colmater les fissures
éventuelles : il faut absolument empêcher toute fuite du métal en fusion.
Une fois bien secs, les moules sont cuits et la cire fondue est récupérée
pour resservir par la suite.
Au Burkina, les fosses de fusion sont creusées à même le sol. Le métal
utilisé par Souleymane Gandema est fait de récupérations diverses : moteurs,
robinets, essieux, écrous, etc., auquel il ajoute des déchets de zinc, de
laiton ou d'aluminium. Muni de pinces, son fils Ousseini en teste
régulièrement la consistance. La méthode est empirique mais très efficace.
Lorsqu'il est jugé à point, le métal incandescent est coulé dans les coques
de terre, qui seront brisées une fois que tout aura refroidi.
Belle technique, issue du fond des âges, "qui perdure en Afrique alors
qu'elle a disparu en Europe", confie Michel Gardelle. Sculpteur et céramiste
landais, il est la cheville ouvrière du festival d'Hastingues. Avec son
expérience et son "œil" de spécialiste pour tout bagage, ce Français simple
et courtois part chaque année en Afrique dénicher les artisans qui possèdent
ce que ses compatriotes ont perdu : un "tour de main" et le savoir-faire
ancestral. Il mène sa quête avec l'acharnement d'un homme qui redoute que,
même au fond des villages, le plastique et la tôle ne finissent un jour par
supplanter les pots en terre. Un art ancré dans le quotidien disparaîtrait
alors, victime des effets pervers du développement.
A l'ère des matières synthétiques, que pèse en effet l'humble terre cuite ?
En Europe, le poids des tuiles et des briques dont on fait les maisons. En
Afrique, où les potières font aussi de la terre cuite non émaillée, à basse
température, on doit y ajouter celui des multiples ustensiles et récipients
pour la conservation. Le matériau est doublement apprécié : il supporte le
feu de la cuisson et sa porosité lui confère la capacité de maintenir la
fraîcheur de l'eau et des aliments.
Aujourd'hui, potiers français, espagnols, allemands ou italiens viennent
réapprendre à l'abbaye d'Arthous. Professionnels, néophytes et amateurs s'y
pressent. Et le visiteur, saisi d'une soudaine pulsion artistique, saura y
trouver terre, outillage et conseils de praticiens. Nul besoin, donc, de
fréquenter les grandes foires internationales et les coûteux festivals pour
se plonger dans des univers étonnants. Le Burkina, qui l'eût cru, se
découvrira aussi au détour d'une ruelle dans un village français. La
poterie, qui l'eût dit, passionne encore les foules… du monde entier : plus
de 8000 visiteurs sont attendus à Hastingues cette année. »
« Un mariage de terre et de feu.
L'Afrique est une source intarissable pour les arts de la céramique. Après le Mali, le Bénin, le Maroc, la cinquième édition du Festival international des céramiques de l'abbaye d'Arthous, à Hastingues, dans les Landes, s'intéresse cette année au Burkina Faso.
Des céramistes, mais aussi trois bronziers venus des terres arides du Faso, participeront ainsi à ce grand marché potier.
Le public pourra avoir accès, pendant trois jours, aux créations d'une soixantaine d'exposants venus de tout le pays et de l'étranger. Les professionnels, eux, pourront alors partager et échanger connaissances et techniques.
Organisé par le Conseil général des Landes en collaboration avec l'association Terres d'Aquitaine, le festival ne se limite pourtant pas à un grand marché. Bien au contraire.
Les arts de la céramique sont déclinés en expositions photographiques, en musique ou encore en conférences. Ainsi, un groupe de musiciens burkinabé sera présent tout au long du festival.
Des spécialistes donneront des conférences sur les techniques de la céramique et du bronze. Quatre expositions sont également au programme, ayant pour thème les cultures du monde, des photographies du Burkina, ou les travaux de Sophie Combres et de Jean-Paul Van Lith.
Enfin, comme chaque année, le festival organise un atelier destiné aux professionnels, mais accessible à tous.
Un lieu de rencontres où céramistes et bronziers ont la possibilité de créer de nouvelles œuvres, de confronter leurs techniques, et où l'amateur croise quelques-uns des plus grands spécialistes. »
« Si le Festival de la céramique se déroule sur trois jours, le président de l'association Terres d'Aquitaine et créateur de l'événement, Michel Gardelle, réserve les 362 autres jours de l'année à traquer les potiers du monde entier. Cette année un hommage est rendu à l'Afrique, continent qu'il connaît fort bien, par le biais de trois bronziers du Burkina Faso.
Les invités burkinabés ne sont pas seuls, car le groupe de musique Sahaabaa distille son ambiance africaine.En outre, une exposition de photographies sur leur pays natal est proposée à l'intérieur de l'abbaye d'Arthous, sans oublier les œuvres des artistes Sophie Combres et Jean-Paul Van Lith. Le but du festival étant aussi de permettre aux cinquante et quelques potiers présents ce week-end de gagner de l'argent, des pièces sont mises en vente sous un chapiteau. »
« Un festival de céramiques d’ici et d’ailleurs […], rien de tel
qu’une cuisson rituelle, en direct, proposée par des virtuoses de la céramique ! »
« Il y a dans le rire d’Alimata la langue universelle des rencontres
humaines. Mélange rauque de timidité joyeuse et de débordement heureux, éclats d’ivoire,
tête renversées. Nos paroles de bienvenue qu’elle ne peut traduire sont retenues par ses
mains seules qu’elle presse contre les nôtres longuement. Et pour certains, voyageurs
immobiles, l’Afrique s’incarne ici, dans les Landes, en contrepoint à la fête de la céramique. »
« Une douzaine [de céramistes occidentaux],
pourtant très habiles sur le tour, ont tenu à réapprendre, avec une maladresse touchante,
mais obstinée, cette élégance du geste efficace […]. Organisé par l’association Terres
d’Aquitaine et soutenu par les Ateliers d’Art de France, ce festival, marqué par la présence
des ambassadeurs du Bénin à Bordeaux et à Paris, a accueilli précédemment le Mali, le
Maroc et les Dogons du Mali. Il est devenu un événement culturel comptant un nombre
croissant de visiteurs, douze mille cette année. »
« L’originalité des stages d’Arthous tient dans cette formule :
rencontre avec des hommes et des femmes isolés dans leurs pratiques potières ancestrales.
Quatre journées pour découvrir à tâtons la simplicité méthodique de leurs gestes invariables.
Beaucoup de barrières à franchir pour communiquer en si peu d’heures mais un passeport
commun : l’argile. »
« Le Festival de l’Abbaye d’Arthous a choisi de creuser et d’exploiter
un filon : celui de la diversité et de la vitalité de la création céramique qu’il met en lumière. »
« Trois jours durant, des potières du Bénin ont tenté d’inculquer
leur savoir-faire à une dizaine de stagiaires »
« Arthous célèbre la terre »
« Trois potières béninoises échangent avec des céramistes français … »
Historique :
La poterie Dogon au festival d’Arthous (10 au 13 juin 2000).
Un festival international de la céramique se tient depuis trois ans dans la
magnifique abbaye d’Arthous qui lui a donné son nom. Il s’est déroulé cette
année durant le week-end de Pentecôte, du 10 au 13 juin 2000.
A prés des
potières bambara du village de Farako (Mali) il y a deux ans, et des potières du
Rif (Maroc) l’an dernier, le festival accueillait cette année des potières du Pays
Dogon (Mali). Les trois potières, Mariam Guinou, Yatanou Saye et Yakorom
Saye, originaires du village de Tireli, au pied de la falaise de Bandiagara,
étaient accompagnées de Michel Coulibali et Kéné Dolo, guide Dogon, qui
servait d’interprète.
La venue de trois potières du village de Tireli, avait été précédé, d’un voyage
organisé par l’association « Terres d’Aquitaine », durant lequel plusieurs potiers
français, Caroline Chevalier, Claude Dutertre, Eric Astoul et Hervé Rousseau
ont travaillé chez les potières maliennes, les uns à Farako prés de Ségou et les
autres à Tireli même.
Dans le cadre du festival, l’association « Terres d’Aquitaine », animée par
Michel Gardelle et Jean-Pierre Chatignol, organisait également un stage de 4
jours, du 10 au 13 juin, auquel ont participé une quinzaine de potiers. Ce stage
était destiné à découvrir les techniques tout à fait particulières utilisées par les
potières dogon. Celles-ci façonnent les vases selon une technique multimillénaire,
connue sous le nom de « pilonnage sur forme concave ». Elle consiste d’abord
à creuser une motte d’argile compacte avec un percuteur de pierre puis à battre
intérieurement la forme ébauchée sur une pierre incurvée en lui imposant un
mouvement de rotation. Peu à peu le vase prend forme. Les potières
poursuivent ensuite le travail de pilonnage sur une natte en fibre de baobab,
ce qui a pour effet de créer un motif d’impressions en surface. Le vase est
terminé avec un colombin pour créer une lèvre en bourrelet.
Durant toute la durée du stage les potières Dogon ont initié les stagiaires à leur
technique et fabriqué elles-mêmes de nombreux pots, sous l’œil intéressé des
visiteurs.
Chez les Dogons la cuisson est réalisée en meule avec comme combustible
principal des bouses séchées ; ne disposant pas de crottin et de bouses
séchées, le combustible utilisé à Arthous a été des briquettes de crottin de
cheval, réalisé par Michel Gardelle. Malheureusement le mauvais temps a sévit
et de violentes pluies se sont abattues les jours qui ont précédé le festival.
L’humidité importante a obligé à procéder à un séchage des vases en les
disposant sur une tôle, au-dessus d’un feu.
Deux cuissons ont été réalisées, la première le lundi durant le festival par les
potières Dogons et la seconde le mardi par les stagiaires eux-mêmes.
Le festival comprenait en outre plusieurs expositions : une exposition d’œuvres
d’Alain Girel, dans l’église de l’abbaye, une exposition-ventes de poteries
Dogons rapportées du Mali et deux petites expositions de photographies
réalisées les unes par Michel Renaudeau, auteur d’un ouvrage sur les Dogons
et les autre par Louise Gardelle et A. Desbat lors du voyage effectué avec les
potiers français.
Comme chaque année depuis la création du festival, un marché de potiers
accueillait une soixantaine d’exposants venus d’horizons divers. Malgré un
temps peu clément cette troisième édition du festival a été une réussite et a
connu un grand succès auprès d’un public chaque année plus nombreux.
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