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"À faire À suivre"
à Neuchâtel
La Rumeur du Monde
Jacques
KAUFMANN utilise beaucoup l’empreinte, l’estampage, qui depuis Bernard Palissy
demeure un procédé mystérieux, avec cette façon qu’il a alternativement de
retenir et de délivrer la mémoire des formes et qui tient tout entier dans
cette interrogation formulée par Georges Didi-Huberman :
"Le processus d’empreinte est-il contact de l’origine ou bien perte de
l’origine ? Produit-il l’unique ou le disséminé ? Le ressemblant ou
le dissemblable ? L’identité ou bien l’inidentifiable ? La décision
ou le hasard ? Le désir ou bien le deuil ?" Outre la colonne,
c’est à cette "conflagration" que se livre Jacques Kaufmann avec
différentes installations de briques moulées dans les usines avec leurs signes
et marques de fabrique. L’une et construite autour d’une brouette de chantier,
débordante de briques cubiques estampées du signe du ciel. Derrière, tout le fond
est occupé par un triptyque de toile légère montrant la photo de moules
industriels alignés comme des soldats. La toile flottant devant les vitraux en
place, qu’elle cache mais qui filtrent la lumière, passe de la transparence à
l’opacité selon les heures, et ce constant mouvement entre différents moments
du jour, augmente ou diminue les distances, bouscule le temps et la géographie
donne du flou ou de la vibration à ce qui devient alors une trouée de la
mémoire creusée par les briques estampées. Une autre est constituée de longs
rectangles de terres volcaniques pain brûlé, avec leurs bulles et leurs
défauts. Une grande salle de plus de cent mètres carrés est entièrement jonchée
de milliers de petits "cailloux blancs", les petites têtes de porcelaine
blanche (de même origine que celle de la colonne) estampées en creux ou en
relief. Leur faisant écho, un immense mur est entièrement sgraffité de deux
mots, uniques, obsessionnels, écrits à la main en différents tons de blancs,
démesurément agrandis et déformés : "Prendre, jeter". Ils
appartient au vocabulaire du geste qui a présidé à leur fabrication, mais aussi
à l’éthique. Ailleurs ces mêmes têtes sont plus grandes, en terre cuite et
coupées en tranches comme des briques au sortir d’une filière. Têtes tranchées.
Résonance des mots et des images…
C’est ce constant va-et-vient
entre les différents niveaux de sens impliquant le processus de fabrication,
qui définit la dimension esthétique et céramique de l’oeuvre. On peut remarquer
que faire coller l’outil à l’idée est l’équivalent dans le débat de l’art, de
la question de la forme et de la fonction dans celui de l’objet utile. […].
Carole
Andréani, La revue de la céramique et du verre, No. 152
janv.-fév. 2007, pp. 24-25.
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