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N’y aurait-il pas quelques choses de britannique chez Jean-Pierre VIOT ? Et d’extrême oriental aussi ? Je ne parlerai pas de sa distinction, de sa politesse naturelle, de son flegme apparent, je ne parlerai pas de quelques détails d’ordre physique ou bien vestimentaires d’une élégance certaine. Seul son travail nous occupe.
Jean-Pierre VIOT a le sourire facile et la terre lui sourit, il la vit à plein temps, intensément, et ils s’aiment tous deux. Il la pétrit, il la caresse puis il la griffe, la malaxe, la cajole pour la vêtir enfin d’émaux somptueux. Tous ces gestes d’amour ne peuvent qu’engendrer des œuvres fortes. Elles sont le roman de sa vie qu’il transforme en poèmes avec délicatesse, raffinement et sensibilité. Les nuances subtiles de sa palette habillent la matière minérale laissant à découvert, parcimonieusement, l’épiderme de l’argile couleur d’ocre aux touchés soyeux. En cela il est artiste ! Et cet artiste a le don d’être toujours dans l’avenir en s’appuyant sur le passé et ses acquits. Il prévoit, il imagine, car le propre des céramistes n’est-il pas de songer à s’inventer un futur, un aboutissement, utilisant des techniques avec l’argile pour medium et l’épreuve purificatrice du brasier pour y installer ses rêves. En cela il est plasticien.

La parole et le concept, voilà en tout cas des exemples de désirs de dire et des moyens de faire, des voies parmi d’autres pour exprimer des idées, des sentiments profonds, des obsessions quelconques, positives ou négatives, et pourquoi pas primitives, quelquefois avec force, d’autres fois de façons plus douces et versicolores.
Suggérer un thème par la matière enfin, par tendresse, ou le désigner violemment par révolte pour interpeller le spectateur, le faisant se questionner sur le sens subreptice de l’autre.
Le travail de Jean-Pierre VIOT paraît issu d’une gestuelle rapide et d’une écriture volontaire certes, mais fortement structurée car qui connaît la terre sait qu’il est impossible de la violenter, de lui imposer toute maltraitance, elle doit se donner, et chaque intervention nécessite un long murissement intellectuel et une grande préparation technique.

Terra-cota, faïence, grés, porcelaine sont passés entre ses mains créatrices et, depuis quelques décennies les pièces monumentales l’ont captivé. J’ai le souvenir d’une œuvre en particulier qu’il a réalisé en collaboration avec sa talentueuse compagne HAGUIKO Le passage du temps sorte d’immense et magnifique dolmen de terre cuite émaillée installé sur une colline dominant la ville de Fukuoka (Japon).
Chacun est confronté à ce temps, on l’aime, on le déteste, on le trouve trop rapide ou trop long, il nous sourit quelquefois comme la chance, mais il passe et repasse pendant que nous trépassons.

Les œuvres de Jean-Pierre VIOT sont des bornes de son temps à lui, de ce temps si précieux, elles sont bien ancrées dans la glaise, témoin d’une époque insensible aux nuages et aux vents.
Jean-Pierre VIOT a répondu positivement à notre invitation d’exposer au sein de l’église de l’abbaye d’Arthous dans le cadre du Festival international de céramique pour une rétrospective de ses œuvres. Nous lui en sommes reconnaissant et nous le remercions.
Michel Gardelle,
Président de l’association Terres d’Aquitaine,
Directeur artistique du festival.

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