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Écrit par Administrator   
Dimanche, 31 Janvier 2010 15:06

Le Togo à bon port

 

Depuis hier, Akouwa Nagbé, Sohawou Koffi et Kadjéfoyé Mawoussi façonnent la terre  dans l’enceinte de l’abbaye d’Arthous devant les stagiaires du 13ème Festival international de céramique, qui se tient jusqu’à lundi à Hastingues. Les trois potières togolaises ont pourtant bien failli ne pas arriver à destination, ce qui a donné quelques sueurs froides à Michel Gardelle, commissaire artistique du festival, qui a invité les trois femmes lors du voyage préparatoire en novembre dernier au Togo.

 

Chaque année, le président de l’association Terres d’Aquitaine part en quête de techniques ancestrales et invite, au gré des trouvailles et des rencontres, des potiers à venir montrer leur savoir-faire à un public européen plus habitué aux assiettes "made in Ikea". "Sur place, nous trouvons aussi un interprète, quelqu’un de confiance qui s’occupe ensuite des papiers, expliquait hier le céramiste. Sauf que cette année, au dernier moment, celui que nous avions choisi n’a pas obtenu son visa." Musicien de profession, Efoévi Gbetéglo a dû rester chez lui. "Le consulat a sans doute eu peur qu’il ne rentre pas."

 

Agotohui-Arthous via Brest

Ne sachant ni lire ni écrire, ni parler français, les trois potières ont pourtant franchi le cap de l’enregistrement et embarqué vers Paris, où elles ont atterri mercredi. "Comme je le redoutais, elles se sont retrouvées à errer dans l’aérogare de Roissy, poursuit Michel Gardelle. À 6 heures du matin, j’ai reçu un coup de fil des policiers qui les avaient récupérées et je suis allé les chercher en gare de Bordeaux."

Restait à trouver un nouvel interprète qui parle l’ifê, la langue dérivée du yoruba parlée dans la région d’Atakpamé. La perle rare a été dénichée à Brest. D’origine togolaise, béninoise et française, Thérèse Gbaguidi est étudiante et a accepté de jouer le rôle. Et le hasard souriant parfois, la jeune femme se trouve avoir des racines à Agotohui, le village des trois potières qui ont tôt fait d’adopter cette "nièce" inespérée. "Elles disent que tout ça, c’est la faute à l’illettrisme et se souviendront longtemps des escalators ! traduit la jeune femme. C’est la première fois qu’elles partent aussi loin. Pour elles, c’est l’occasion d’aller voir ailleurs et de revenir raconter. La possibilité aussi d’un avenir meilleur pour leurs enfants. Parce que c’est un métier très dur."

Dans le village togolais, pas de terre livrée sous film plastique en effet mais une matière extraite du sol par les artisans et travaillée à la main pour en faire des plats à manioc ou des jarres permettant de garder l’eau fraîche. Des poteries qui seront séchées au soleil et cuites à partir de demain. "En Europe, nous fabriquons moins d’objets utilitaires et la céramique évolue plus vers l’esthétique et la décoration, reprend Michel Gardelle. Cela devient maintenant des pièces d’expression comme la peinture et la sculpture."

Une créativité déclinée en grés, porcelaine, terre vernissée, selon la technique du raku… dans les allées du marché des céramistes par 64 exposants, venus de France, mais aussi d’Espagne, du Portugal, d’Angleterre, de Belgique et des Pays-Bas, et sélectionnés parmi 200 candidats.

Un week-end de rencontres au cours duquel Akouwa, Sohawou et Kadjéfoyé devraient trouver matière à raconter à leur retour.

 

Emma Saint-Genez, Sud Ouest, 22 mai 2010.

 

 

A la rencontre des potières du Togo

Comme chaque année à la Pentecôte, le festival international de céramique d’Arthous va investir l’abbaye d’Hastingues, dans les Landes. En 2010, les invitées d’honneur sont trois potières togolaises. L’association Terres d’Aquitaine était cet hiver au Togo afin de préparer le festival

Dans le petit village d’Agotohui où vivent soixante-dix potières, des milliers de pots remplissent l’espace, anciens, récents, ou en cours de fabrication. Oubliés près des petites cases de terre aux toits de chaume, utilisés chaque jour pour cuisiner, soigneusement posés sur un trépied de terre, jarres à eau ou à vin de palme installées au fond de la maison, les pots sont partout. À Agotohui, l’ambiance est résolument à la céramique.

 

Situé au centre du pays, dans la région des Plateaux, ce village jouit d’un climat doux, moins sec que celui des régions sahéliennes du nord du pays, moins chaud et humide que celui du sud tropical. Les villageois tirent leur subsistance de la culture du mil, du maïs et des tubercules tels l’igname et le manioc. Parallèlement aux travaux des champs, les femmes y sont potières, comme dans beaucoup d’autres villages du Togo. Mais après avoir sillonné le pays pendant un mois, du nord au sud, de l’est à l’ouest, de la frontière béninoise à celle du Ghana, c’est sur le village d’Agotohui que c’est fait le choix des quatre membres de l’association Terres d’Aquitaine. […]

Quand ils arrivent pour la première fois au village d’Agotohui, la plupart des habitants sont aux champs en cette fin de matinée. Mais une nuée d’enfants, quelques personnes âgées et une ou deux potières les accueillent chaleureusement. L’atmosphère agréable qui émane du lieu et la beauté des céramiques jalonnant leur marche dans le village les incitent à revenir à une autre heure de la journée, quand les potières ne seront pas affairées aux travaux agricoles. C’est donc après plusieurs jours de voyage dans le nord du pays, où d’autres villages sont traverses, qu’une nouvelle visite est effectuée à Agotohui.  […]

 

Cérémonie pour l’extraction de la terre

Une fois par an, au mois de mai, les hommes partent extraire la terre, ce qui fait l’objet de rituels très codifiés. Chaque famille a son trou, inauguré par une importante cérémonie vaudou.

Pendant que les hommes de la famille creusent, les femmes initiées, adeptes du vaudou, chantent. On sacrifie un poulet ou un mouton et on réalise des offrandes de viande, de boissons sucrées et alcoolisées.

De nombreux tabous entourent cette cérémonie d’extraction de l’argile. En premier lieu, chaque personne doit être vêtue d’un pagne blanc et dois s’être abstenue de rapports sexuels la veille. Le repas, préparé avec la viande sacrifiée, doit être cuisiné et consommé sur place, près du trou. De plus, pour réaliser ce repas cérémoniel, seule l’huile "blanche", l’huile issue de l’amande du fruit du palmier, doit être utilisée, et non pas l’huile "rouge" tirée de la pulpe du fruit du palmier, plus acide et de moins bonne qualité. Engin, si de la nourriture reste après le repas, il est interdit de la rapporter au village. Selon une potière : "Si on dérogeait à ces règles, il faudrait tout recommencer car on ne trouverait de l’argile qu’à cinq ou six mètres de profondeur au lieu des deux à trois mètres habituels…"

La terre extraite restera entreposée au bord du trou pendant un minimum de trois jours puis les femmes viendront la récupérer, au fur et à mesure des besoins, tout au long de l’année. La cérémonie d’extraction de la terre se termine par la consommation du repas et des boissons sucrées pour les femmes, des boissons alcoolisées, en général du gin, pour les hommes.  […]

À Agotohui, la plupart des femmes sont potières, en plus d’être agricultrices. Les jeunes femmes venues d’autres contrées et mariées au village doivent donc, elles aussi apprendre la poterie en s’y installant. La vente des pots au grand marché hebdomadaire de la ville d’Anié, au nord du village, rapporte un pécule non négligeable.

La poterie est exclusivement un travail de femmes. Elles fabriquent environ six ou sept pots par jour quand elles ne sont pas trop prises par les travaux des champs. Les hommes, eux, aident à extraire la terre et à préparer les branchages pour la cuisson.  […]

Linda Gardelle, La Revue de la Céramique et du Verre, No. 171 mars-avril 2010.

 

 

La Chine selon les potiers

Qui dit Chine pense plutôt Droits de l’Homme bafoués et produits fabriqués à bas coûts, qu’art en général et poteries en particulier. C’est pourtant sous cet angle que le festival international de la céramique a choisi, cette année, de mettre en lumière l’Empire du milieu en lui consacrant sa douzième édition.

 

Depuis hier et jusqu’à demain, deux potiers chinois de la ville de Yixing "capitale mondiale de la théière" proche de Shanghai, initie une dizaine de stagiaires à leurs techniques millénaires, dans le cadre majestueux de l’abbaye d’Arthous à Hastingues. Une première hors de Chine pour Weiming Fang et son fils Xuefei, étonnés depuis lundi de la faible densité démographique en terre landaise : "Il y a beaucoup moins de personnes en France qu’en Chine, traduit Myriam Brochet, étudiante en Capes de Chinois, qui joue les interprètes pour les deux hommes. Ici, on peut marcher des kilomètres sans rencontrer personne, alors qu’en Chine, il suffit de faire un pas !"

 

Sans frontières

Autre motif de curiosité pour les deux professionnels invités : l’intérêt pour la céramique dans tous ses états, manifesté dès hier matin par de nombreux festivaliers, et la diversité des productions. Entre la cour et le champ de l’abbaye, 64 artisans, sélectionnés parmi 200 candidats, présentent leurs œuvres sous une pluie de soleil. Extravagantes ou utilitaires, belles et sobres, monumentales ou miniatures, toutes ces réalisations, modelées au quatre coins de France, d’Espagne, d’Allemagne, de Belgique et de Grande-Bretagne, sont autant d’expressions incarnées dans la terre. Elles voisinent avec les fines théières et les grandes jarres ramenées par Louise et Michel Gardelle, commissaire de l’exposition, de leur voyage préparatoire en Chine.  "Nous sommes ici pour échanger sur nos techniques, reprend Weiming Fang via Myriam Brochet. Il n’y a pas de frontière dans l’art."

 

A découvrir également dans la fraîcheur de l’église, l’exposition Poussières, du flamand installé dans le Gers, Maarten Stuer, sculptures dentelées inspirées des vagues, du vent et des pétales.

 

Emma Saint-Genez, Sud Ouest Dimanche, 31 mai 2009.

La Chine à l’abbaye d’Arthous, un festival toujours apprécié.

 

"S’enrichir de nos différences pour converger vers l’universel"  -   Léopold Sedar Senghor.

 

A la Pentecôte, dans une ambiance champêtre et internationale, l’abbaye d’Arthous a accueilli comme chaque année depuis 1998 son festival de céramique. Ce n’est pas tant le chiffre d’affaires que les potiers viennent chercher à Arthous, bien que celui-ci soit en hausse constante et que toujours plus de visiteurs foulent le pré et la cour de l’abbaye, mais c’est aussi la gaieté et l’ouverture sans frontière qu’ils viennent cueillir… et donner.

Si l’hexagone était bien représenté cette année, qu’importent les distances, certains venaient d’encore plus loin, comme Hans et Maria Fisher installés près de la frontière tchèque, en Allemagne, Johannes Peters, Regine Hohmann, Astrid Shröder, venus aussi d’outre-Rhin, Tony Laverick de Grande-Bretagne, mais encore Franz Gregoor de Belgique et trois Espagnoles, Ana Soto Rueda, Maria Bosh et Carmen Ballarin Marcos, ceux venus de plus loin étaient immanquablement les deux céramistes fraîchement arrivés de Chine, Weiming Fang et son fils Xuefei Fang, avec leur interprète Yunqiao Shi.

Des théières en porcelaine de Jingdezhen (capitale mondiale de la porcelaine) aux théières brunes de Yxing (capitale mondiale de la théière), les théières ont fait parler d’elles cette année parmi les acheteurs motivés, qui parfois étaient nombreux à vouloir la même théière, mais aussi dans le cadre de la projection du film de Patrice Valfré Yixing, la reine des théières. Les grandes jarres en grès et les bouteilles à vin de riz, émaillées de tenmoku, cuites dans des fours dragons, avaient sans dommage fait le voyage. Les deux céramistes venus de Yixing, Weiming Fang et Xuefei Fang, ont réalisé des grandes jarres à la plaque décorées par pastillage.

 

L’église de l’abbaye a accueilli les Mouvements cycliques, les Bateaux ivres, les Vagues et les Tourbillons de Maarten Stuer. Des fragments d’architecture en mouvement qui remplissaient avec légèreté et raffinement l’espace et s’intégraient parfaitement au lieu, à ses teintes et à la force de ses lignes.

Près de 7500 visiteurs cette année ont flâné dans le festival, de stands en stands, des stands à l’église, et de l’église à la buvette (dont l’équipe est elle aussi toujours aussi internationale et même universelle).

En mai 2010, l’Afrique retrouvera sa place de choix à Arthous, avec le Togo en invité d’honneur.   […]

 

Linda Gardelle, La Revue de la Céramique et du Verre, septembre-octobre 2009.

KABYLIE la résistance culturelle des potières

 

À l’abbaye d’Arthous, dans les Landes, se tient chaque année le festival international de la céramique. En mai 2008, trois potières d’un village kabyle en seront les invitées d’honneur. Elles viendront transmettre leur savoir-faire et leur imaginaire artistique, qui ont pour elles une profonde dimension culturelle et symbolique.

Venues du village de Maâtkas, un ensemble de douars accrochés à flanc de montagnes, à quelques trente kilomètres au sud de Tizi-Ouzou, en Grande-Kabylie, Djamila, Tassadit et Ferroudja pratiquent la céramique simplement, d’abord pour renouveler la vaisselle familiale (plats à couscous, à galettes, gargoulettes, cruches à huile d’olive, pots à miel). Elles produisent lorsque les travaux agricoles le permettent, même si le relief accidenté et le sol rocailleux de Maâtkas ne permettent pas beaucoup d’autres cultures que celle de l’olivier. Quand la récolte des olives et la fabrication de l’huile sont terminées, elles se mettent au travail de l’argile.

 

Si Maâtkas est l’un des lieux les plus connus pour la céramique en Algérie, elle doit aujourd’hui sa notoriété à quelques femmes seulement, dont Djamila, qui n’a que 20 ans et qui sera du voyage à Arthous. Pour ces femmes, maintenant, plus qu’un artisanat au service de l’usage pratique familial, la céramique est devenue un moyen d’exprimer une identité culturelle. À l’heure où les objets en plastique ou en métal remplacent peu à peu les poteries traditionnelles, le travail de la terre représente pour ces potières une manière de conserver leur culture kabyle et de la faire vive. Les décors, qui sont tracés à l’hématite mêlée à de l’huile d’olive pour le rouge, et à l’oxyde de manganèse pour le noir, sont finement travaillés. Chaque pièce est ornée de figures géométriques qui ont une valeur magique puisée dans l’ancienne symbolique agraire méditerranéenne. Quelques signes sont particulièrement visibles : le serpent, représentant la fertilité, les pattes de coq, le mouvement solaire, la flèche symbolisant la foudre annonciatrice de la pluie bienfaisante. Introduites récemment dans les décors, les lettres tifinagh, alphabet berbère, symbole contemporain de la résistance identitaire kabyle, sont aussi très présentes.

 

À l’abbaye d’Arthous, où se réunissent chaque année les céramistes les plus talentueux, venus de toute l’Europe, les trois potières kabyles participeront à un bouillonnement de rencontres et d’échanges. Marché de céramiques, concerts, exposition et vente de poteries kabyles… Les murs de l’abbaye d’Arthous vibreront aux rythmes de la musique algérienne, cette Algérie dont les trois potières kabyles seront les ambassadrices, pendant quelques jours.

 

Linda Gardelle, Art Sud, avril 2008

 

Terres de Kabylie

Pour sa onzième édition, le festival international de céramique qui débute demain à Hastingues se souhaite un soleil algérien, ou au moins un ciel nuageux mais pas pluvieux. Consacré l’an dernier à la Guinée, le dixième anniversaire de la manifestation, organisée dans le cadre majestueux de l’abbaye d’Arthous, avait en effet été copieusement arrosé trois jours durant.

 

[…] C’est à Michel Gardelle que l’agenda culturel du département doit cette manifestation qui draine aujourd’hui des exposants, des collectionneurs et des visiteurs venus des quatre coins de France, mais aussi d’Allemagne, de Hollande ou d’Espagne. Natif de Boulogne-Billancourt, installé à Canenx et Réaut près de Mont-de-Marsan depuis 1981, cet artiste professionnel, président de l’association Terres d’Aquitaine, souhaitait créer un événement autour de la céramique dans une région qui n’en comptait pas. Je ne voulais pas que cela se limite à un marché. J’ai donc proposé un projet plus large au Conseil Général.


Le département suit cette idée qui consiste à inviter des potiers étrangers au sein d’un rendez-vous rassemblant de nombreux céramistes professionnels.  […]  Après le Mali, le Maroc, le Mexique, le Burkina Faso, La Turquie, le Bénin, la Guinée ou le Ghana, c’est donc cette année au tour de l’Algérie et plus précisément de la Kabylie, d’être à l’honneur d’Arthous. Poteries ocres aux symboles mystérieux à l’oxyde de fer rouge en grande Kabylie du côté de Maatkas, et de fer noir en petite Kabylie près de Bejaia […]  Le festival sera l’occasion inédite pour les potières kabyles de montrer leur façon ancestrale de modeler la terre. Comme chaque année, Michel Gardelle et son épouse Louise, elle-même céramiste, se sont rendus sur place en hiver pour trouver leurs homologues lointains et les inviter en terre landaise. L’objectif est de faire découvrir des artisanats anciens et différents, mais aussi de valoriser le travail et ceux qui l’exécutent, reprend Michel Gardelle. Sachant que les potiers sont souvent des femmes, les gardiennes des traditions, qu’il est important de mettre en avant. Timidement, Djamila explique qu’elle étudie les Sciences Economiques à l’université de Tizi-Ouzou et qu’elle tient son savoir-faire de sa mère.

 

Dans l’église, les artistes berrichons Laurent Petit et Hervé Rousseau finissent d’installer l’exposition commune de leurs terres brutes pour l’un, sculptures blanches émaillées pour l’autre. De quoi nourrir tous les regards.

 

Emma Saint-Genez, Sud Ouest, 9 mai 2008.

 

 

El Watan

La poterie kabyle représentera l’Algérie dans une rencontre qui regroupera plusieurs pays en France. Maâtkas, réputée pour la fabrication de la poterie, sera l’hôte de cette manifestation qui se tient de manière régulière sur le sol français.

 

 

Cet art traditionnel sera ainsi à l’honneur dans un Festival international de céramique qui aura lieu durant le mois de mai prochain dans le département des Landes, en France. En effet, dernièrement, une association de céramistes français Terres d’Aquitaine a délégué son président M. Michel Gardelle pour se rendre en Algérie et plus précisément en Kabylie en vue de sélectionner des potières et de les inviter à participer au Festival en question. Cet événement culturel qui se tient chaque année durant la fête de la Pentecôte qui a lieu à la mi-mai tout près d’Hastingues, aux environs de Bordeaux, est co-organisé par ladite association et le Conseil Général des Landes, a indiqué le responsable de Terres d’Aquitaine. C’est donc pour sa 11ème édition que trois potières de la région de Maâtkas ont été conviées à y participer.
"Notre festival est un espace convivial de rencontre entre artisans européens et nonb-européens. Plusieurs pays, notamment africains, ont déjà pris part au festival. Nous citerons entres autres le Mali, la Guinée, le Bénin, le Ghana, le Maroc, la Turquie, le Mexique… et pour l’édition 2008, ce sera donc l’Algérie", dira M » Gardelle, plein d’enthousiasme. Par ailleurs, à une question relative à la qualité de la poterie kabyle, le président de l’association Terres d’Aquitaine et son épouse affirmeront :"La poterie kabyle est très belle, elle reflète en quelque sorte une dimension de la culture berbère qui demeure très riche !" Par ailleurs, il faut noter que ce couple de céramistes français a été subjugué par la beauté de la Kabylie. Ils n’ont pas caché également leur admiration de l’un de ses meilleurs arts traditionnels, à savoir la poterie. "C’est dommage que sa production ait diminué au fil des temps !", regrettent-ils. Aussi, les hôtes de la capitale de la poterie kabyle, Maâtkas en l’occurrence, ont visité plusieurs villages et se sont rendus chez plusieurs potières pour admirer leurs œuvres artistiques. A l’issue de leur tournée, trois femmes ont été sélectionnées et devront participer à ce festival très populaire en France. Il est attendu des distinctions pour les représentantes algériennes à la fin de cette manifestation. Car, leur sensibilité et leur savoir-faire sont très appréciés. Leur sélection à ce festival est une forme d’encouragement au moment où l’artisanat de manière générale connaît un net recul en matière de production et de commercialisation.

Amarou Slimane, El Watan, 29 novembre 2007.



Aux couleurs du monde

« Autour et au milieu des belles pierres de l’abbaye d’Arthous, à Hastingues, se tient le neuvième Festival international de céramique. Il a commencé samedi et s’achève aujourd’hui. Plus de soixante exposants y jettent leurs couleurs à la vue des chalands. C’est tentant, car artistique et façonné avec un savoir-faire étonnant. Des poteries, des faïences, des grès, des sculptures de fer, etc. La vue est belle… Et le fond sonore dépaysant, car le Mali est à l’honneur.

Plus précisément les forgerons dogons et d’autres Maliens, outillés non pas avec des enclumes et autres bigornes, mais avec des instruments de musique traditionnels. "Moi, je n’aurais pas été capable de monter cette pièce au colombin", entend-on. "Tu l’as recouverte de chamotte ?"

"C’est une question de séchage !" On sent tout de suite que l’on a affaire à des spécialistes passionnés. D’ailleurs, il n’y a qu’à observer le résultat pour s’en persuader.

Cette touriste espagnole craque : "Elles sont vraiment admirables vos carafes ! J’en prends trois". Des pichets ocres, elle va se diriger vers les pots géants, dans la cour. Là, quelques Anglais admirent "le raffinement dont font preuve les artisans français".


Ousmane et Michel frappant la louppe


Pendant ce temps, les Maliens proposent leur démonstration de forge traditionnelle sous le chapiteau. Au moyen de soufflets en peau de bête, ils préparent leurs objets d’art. Et captent l’attention. L’association Terres d’Aquitaine qui s’est échappée en Pays Dogon, a bien fait de les convaincre d’embarquer pour Hastingues. Car leur tour de main hérité depuis deux millénaire fascine.

Se dirigeant vers l’église, un jeune couple entend "profiter de la fraîcheur". Pour son plus grand plaisir, il y trouvera notamment les créations d’Edmée Delsol. Des sculptures de verre et de terre… "qui feraient bien dans notre salon", se disent les tourtereaux. Finalement, le Festival de la céramique, c’est un peu un grand marché. En plus cher, souvent. Mais surtout en plus beau.

Pour les exposants, c’est aussi un moyen de se faire connaître et d’échanger leur expérience avec celle du voisin. Tout le monde s’y retrouve ».

Thomas Villepreux, Sud Ouest, 5 juin 2006.



Des forgerons dogons en résidence à Hastingues

« C’est après avoir visionné le film Inagina, l’ultime maison du fer, en compagnie de Michel Rozier, forgeron-sculpteur, que Michel Gardelle, céramiste et président de l’association Terres d’Aquitaine, a eu l’idée, il y a deux ans, d’accueillir en résidence artistique des forgerons maliens sur le Festival d’Arthous. Mais pourquoi faire venir des spécialistes du fer dans une manifestation consacrée à la céramique ? "Parce que ce sont deux disciplines rattachées aux "arts du feu", explique M. Rozier. La potière n’est-elle pas, dans ces pays, traditionnellement l’épouse du forgerons ? Et même si les techniques sont différentes, tout comme les températures de chauffe, il existe des affinités évidentes entre le travail du métal et celui de la terre au niveau des matériaux, de l’outillage, de la terminologie employée, etc., que nous souhaitions mettre en valeur".

[…] C’est ainsi qu’en discutant avec les populations locales, nos quatre amis ont pu découvrir chez les Bambaras à 200 km de Bamako, un premier site de bas-fourneaux où, au regard des montagnes de scories présentes sur place, il était évident que des réductions avaient été menées là depuis des centaines d’années. […] …. nos voyageurs se sont ensuite rendus en Pays Dogon pour retourner sur le lieu même où le film Inagina avait été tourné en 1995 par des archéologues suisses. "Sur place, raconte M. Rozier, nous avons retrouvé de vieux forgerons qui avaient participé au tournage de ce documentaire qui rend honneur au savoir des derniers "maîtres de fonte africains". Nous sommes montés à l’endroit où s’est déroulée cette ultime réduction pour, hélas, constater qu’il ne restait plus que des vestiges de cette pratique. Les bas-fourneaux ne subsistent qu’à l’état de ruine."

 Loupe de fer prête à être battue

[…] "C’est ici, poursuit M. Rozier, que nous avons rencontré Ousmane Dioh qui, 11 ans plus tôt, avait lui aussi participé au film Inagina. Etant moi-même du métier, le contact est très vite passé entre nous. Aussi lui ai-je demandé de forger pour qu’il nous montre certaines particularités de son "tour de main". Dans la foulée, nous lui avons proposé de venir en résidence sur le festival 2006. Il en fut ému aux larmes : pour lui, ce n’était pas la première fois que l’occasion d’aller en Europe se présentait. En effet, les réalisateurs du film l’avaient déjà sollicité, mais à l’époque sa famille avait refusé de le laisser partir. Trop de travail à la maison."

[…] … nos voyageurs vont faire la connaissance d’un autre forgeron, Yessa Akougnou Faye. Egalement spécialisé dans la fabrication d’outils, cet artisan développe en parallèle une production plus personnelle : des œuvres inspirées de la cosmogonie Dogon.

[…] Au cours de ces trois jours d’exposition, nos deux forgerons auront donc initié le public à la construction d’un bas-fourneau traditionnel dogon. Cependant, en raison de délais trop courts (à l’époque où ils fabriquaient encore eux-mêmes leur métal au pied de la falaise Bandiagara, près d’un mois de travail était nécessaire entre la récolte du minerai, la fabrication du charbon de bois, la construction du four, le séchage des couches d’argile réfractaire, la réduction proprement dite et, enfin, le rituel consistant à remercier la terre d’avoir donné le fer), il n’a pas été possible de procéder à une réduction in situ. En revanche, Yessa Akougnou Faye et Ousmane Dioh se sont attachés à démontrer leur savoir-faire de forge à travers la fabrication de pièces forgées de toutes sortes : des appuie-tête (objet traditionnel destiné à être placé sous la nuque des défunts par lequel son propriétaire affiche son appartenance ethnique et familiale), des sculptures féminines symbolisant la fécondité, des outils pour le travail des champs, des couteaux de chasse, des haches, etc. […] ».

Eric Quentin, FEVRES, Le Magazine de l'artisanat et des métaux, Numéro 20, janvier 2007.

Céramique d'ici et d'ailleurs

« Je n’ai jamais vu un marché de potier semblable. Tout le monde vit en autarcie ici. C’est un endroit magique, un véritable bouillon d’échange et de culture", s’enthousiasme Bernard Thiran. Cet enseignant de l’École Supérieure des Métiers d’Art d’Arras n’a pas hésité à parcourir la France pour accompagner ses élèves, cinq jeunes filles, à la découverte de ce lieu atypique. "Je tenais à ce qu’elles découvrent l’atmosphère qui règne ici, cet esprit d’entraide, tellement propre à l’univers de la céramique. C’est aussi l’occasion de leur faire découvrir d’autres savoir-faire."

Le Festival d’Arthous se veut en effet ouvert sur le monde. Avec une nette inclinaison pour l’Afrique noire : sur huit éditions, seules deux, la Turquie et le Mexique, ont dérogé à la règle. "C’est vrai qu’on est attaché à l’Afrique, reconnaît Michel Gardelle, président de l’association Terres d’Aquitaine et responsable de la sélection. Là-bas, les artisans continuent d’utiliser des modes de fabrication qui sortent de la nuit des temps et qui ont souvent disparu ici. On a beaucoup à apprendre." ."

Lui-même se rend régulièrement sur place, pour arpenter les villages en quête d’artisans prêts à venir en France. L’idée étant de maintenir des liens sur le long terme : "En Afrique, la céramique est souvent dénigrée, personne n’y accorde d’importance, poursuit Michel Gardelle. Notre but, c’est d’aider les artisans à se faire connaître, pour les valoriser. Par exemple, les potières béninoises qui sont venues à Arthous il y a deux ans ont récemment été contactées par un autre festival, en Angleterre." ."

Après le Bénin, le Ghana : dans la prairie de l’abbaye, trois potières ghanéennes enseignent leur savoir-faire à d’autres céramistes, tous professionnels. Malgré la barrière de la langue, la communication passe plutôt bien. En partie grâce à Sam, l’interprète, qui passe sans problème du toui, la langue locale, au français ou à l’anglais. Et puis les gestes se passent de mots. Parmi les apprentis, les cinq élèves de l’école d’Arras, venues profiter du stage, sont ravies.

[…] terre vernissée, grès, porcelaines… Sur les stands, on trouve de tout, du plus traditionnel au très contemporain. Les céramistes invités à présenter leur œuvre viennent de partout en Europe. […] À l’intérieur de l’abbaye, l’ambiance est tout de suite plus solennelle. Une exposition regroupe les œuvres de deux céramistes contemporains : Daphné Corrégan et Jean Nicolas Gérard. "L’an dernier, nous avons reçu Fanny Ferré. Les pièces étaient monumentales, de grands personnages qui emplissaient l’espace. Cette année c’était plus difficile, car les pièces sont plus petites." La mise en scène se joue pourtant avec habilité du caractère imposant des lieux.
Daphné Corregan

[…] En huit ans, le festival a gagné en notoriété. On y vient des alentours, de Dax, Bayonne ou Bordeaux. Mais aussi de plus loin. "Le public, ici, est vraiment intéressé par la céramique, explique Sylvie Rusé-Maillard, céramiste. C’est un public de passionnés… J’ai une production qui s’adresse à un public haut de gamme, pas celui du marché traditionnel. Je le trouve ici. Ce festival est une aubaine pour moi. Certaines personnes reviennent me voir d’une année sur l’autre, pour m’acheter une nouvelle pièce."
Si le public se déplace jusqu’à Hastingues, petit village à la frontière des Landes et du pays basque, c’est aussi pour l’atmosphère du festival, si particulière. Passer trois jours dans ce lieu clos, plongé en pleine nature, donne l’impression d’être hors du temps. […] L’atmosphère des années 70 n’est pas loin. Une atmosphère encore renforcée par la programmation d’un concert en nocturne, le samedi soir. A la tombée de la nuit, la pelouse est prise d’assaut par les danseurs, qui déambulent sur les rythmes africains. […] "Ici, c’est un peu le Woodstock de la céramique, estime Pauline. On est coupé du monde." Une parenthèse qui prend fin au bout de trois jours : chacun repart chez soi. Il faut replier les stands, remballer les affaires. Mais ce n’est que partie remise : l’année prochaine, le rendez-vous est inchangé".

Adeline Provoost, Métiers d'Art, juillet/août 2005.

 

Naissance d’une jarre.

« Courbées, les mains et avant-bras maculés de terre, Grace, Happy et Dyianna s’activent autour des pièces qu’elles façonnent depuis hier matin. Originaires du village de Benkroum, au centre du Ghana, les trois femmes animent le stage de poterie organisé dans le cadre du 8ème Festival International de céramique, qui a pis des quartiers jusqu’à demain dans le bel écrin de l’abbaye d’Arthous. Les trois Ghanéennes ne parlent ni français, ni anglais, mais, sous ce chapiteau ouvert aux regards, le langage est avant tout celui des mains. "En Europe, nous travaillons surtout avec des tours", commente Laurent Dufour, potier alsacien et membre de l’association Terres d’Aquitaine, co-organisatrice du festival avec le Conseil Général. "et c’est vraiment compliqué de tourner uniquement à la main".

Dyianna Grace Happy

Aidé des trois invitées, les quinze stagiaires, céramistes professionnels ou étudiants aux beaux-arts, modèlent des jarres de plusieurs gabarits. Des poteries réalisées en deux parties, avant d’être cuites à l’ancienne. Prévue pour cet après-midi, cette cuisson en public et au grand air sera sans doute reportée à demain ou à mardi. Les pièces doivent en effet sécher au préalable ; une étape qui ne pose pas de problème sous le soleil du Ghana, mais qui est nettement plus aléatoire sous nos cieux tempérés. D’où le recours à un générateur d’air chaud orienté vers les pièces déjà façonnées. "C’est une terre très agréable à toucher, très plastique" souligne Richard Manzo, venu du Var pour participer à ce stage. "Quant à la technique, c’est le potier qui tourne autour du pot !"

Si les mots pour expliquer viennent à manquer, Sam Cole, l’accompagnateur des trois Ghanéennes, se fait leur porte-parole : "Ces pots servent à beaucoup de choses au Ghana. Dans les villages, ils sont souvent installés devant les habitations pour recueillir l’eau de pluie. On les utilise aussi pour puiser l’eau, faire la cuisine, ou comme objets de décoration." Prises dans les campagnes ghanéennes à l’automne dernier, les photographies de Louise Gardelle donnent un aperçu de la réalisation sur place de ces poteries. Céramiste à Canenx et Réaut, Michel Gardelle est pour sa part le commissaire de l’exposition-vente qui se déroule entre la cour et le jardin de l’abbaye. Venus des quatre coins de France, d’Allemagne, des Pays-Bas ou de Belgique, les soixante-quatre artisans présents à Hastingues ont tous été invités pour la qualité de leur travail. Utiles ou décoratives, sobres ou chamarrées, issues de plusieurs techniques, leurs poteries et sculptures sont en grès, faïence, émail ou parcelaine".

Emma Saint-Genez, Sud-Ouest Dimanche, 15 mai 2005.

 

« Viva Mexico !

C'est le Mexique et ses terres cuites colorées que le 7ème Festival international de céramique reçoit cette année à Arthous, dans les Landes, du 29 au 31 mai. Ester Hernandez Hernandez et Maria Edgari Paredes Vasquez, potières indiennes de la région de Veracruz, viennent d'Amérique latine accompagnées de la céramiste Claudia Cancino pour dévoiler leur savoir-faire aux professionnels et au public qui assistera à des cuissons traditionnelles.

 Poterie de San Miguel Aguazuelos

Une exposition de pièces et de photos et des conférences feront découvrir divers aspects de la poterie mexicaine tandis que "Les Mariachis" assureront l'animation musicale. Le jardin et la cour de l'abbaye accueillent par ailleurs soixante-quatre céramistes d'Europe pour un grand marché convivial. Enfin, les groupes de personnages sculptés grandeur nature dans l'argile par Fanny Ferré imprègneront de leur silence l'église de l'abbaye".

 

Ateliers d'Art, mai/juin 2004.

« Céramiques d'ici et d'ailleurs.

Ils étaient au Mexique en novembre dernier, arpentant les routes de village en village, à l'affût de cet art ancestral : la poterie. Comme ils l'avaient fait au Mali, au Burkina ou au Maroc, Louise et Michel Gardelle cherchaient cette tradition séculaire : la poterie culinaire, majoritairement réalisée par des femmes, qui, dans chaque région, chaque pays, met en œuvre des techniques de façonnage, de décor ou de cuisson originales. Aidés de Juan Sanchez, archéologue à Xalapa, ils ont découvert les potières du village de San Miguel Aguazuelos.

Deux d'entre elles ont accepté de traverser l'océan pour partager au cœur des Landes leur savoir-faire avec leurs homologues français.

[…] Depuis la première édition du Festival international de céramique, en 1998, Michel Gardelle, céramiste, veut défendre "cet art qui n'est pas majeur dans les esprits, alors que c'est un moyen d'expression à part entière". Valoriser le travail de potiers ou céramistes du monde entier, transmettre leur savoir-faire à leurs alter ego ici, créer des liens et un lieu de rencontre à travers le marché de potiers, entre professionnels et avec le public.

Four traditionnel mexicain

 

Le Conseil général des Landes, via le Centre départemental du Patrimoine, finance et gère le projet depuis la première aventure, lui confiant le commissariat de ce festival. "Une manifestation qu s'inscrit dans le long terme et qui veut affirmer la céramique comme un art", explique Philippe Camin, conservateur départemental des Musées et du Patrimoine des Landes". La céramique est un des domaines des arts plastiques les plus dynamiques en France. Mais il manque de reconnaissance publique. Pourtant, derrière le travail de la terre et des émaux, il y a des techniques très pointues et une réelle expression artistique".

Valérie Déchaut-Geneste, Sud Ouest Dimanche, 24 mai 2004.


« Installé au fin fond de la forêt de pins dans une maison landaise d'un autre siècle, Michel Gardelle n'a pourtant rien d'un solitaire. Chaque année, il propose même l'un des événements les plus conviviaux des Landes du Sud, le Festival international de céramique de l'abbaye d'Arthous. Gardelle, créateur de l'association Terres d'Aquitaine, est un céramiste reconnu. Un plasticien aussi, dans la mesure où sa production se rapproche davantage de la sculpture que de la poterie utilitaire. Ses totems ou ses boîtes sur roulettes montrent une grande décontraction à l'égard des formes traditionnelles, et son usage de la couleur par engobe sous émail une subtilité assez remarquable.

Mais il appartient quand même à la grande famille de la terre et du feu. Et son festival s'efforce d'en refléter la diversité. Dans l'église, d'abord, sont présentés deux artistes invités qui servent d'inspirateurs et tirent la manifestation vers le haut.

Haguiko



Cette année, il s'agit de la plasticienne japonaise Haguiko et du céramiste sculpteur Gilles Suffren. La première, professeur d'espace-design aux Beaux-Arts de Marseille, travaille des plaques laminées et enroulées, transformées en disques, cylindres, dalles, et recomposées en installations complexes où l'eau, le verre ou le papier viennent parfois s'intégrer. Ses œuvres figurent dans la collection de plusieurs FRAC et musées français. C'est le cas aussi pour Gilles Suffren qui utilise les

blocs de céramique pour? des compositions dans l'espace d'esprit minimaliste.

Deux potières turques. A l'opposé, l'aspect purement technique est assumé par des potiers (des potières le plus souvent) venus de pays où ils pratiquent des techniques traditionnelles. C'est ainsi que des Marocaines, des Bambaras, des Dogon du Mali, des Béninoises, des femmes du Burkina se sont succédées au cours des années pour faire démonstration de leur savoir-faire et échanger leurs connaissances avec les céramistes européens.

Cuisson Bénin


Pour beaucoup de ces artisanes, c'était le premier voyage hors de leur pays, et la famille Gardelle leur a épargné le mal du pays en les recevant avec une chaleur toute amicale. Cette année, les invitées sont deux potières turques du village de Gökeyup qui réaliseront en public les objets de leur production habituelle. Les céramistes intéressés viendront travailler avec elles pour s'imprégner de leur technique spécifique. Et, chacun d es trois soirs du festival, à l'heure de la fête, la musique turque sera à l'honneur. Et puis il y aura "le grand marché" où une soixantaine de céramistes européens mis surtout français (dont un certain nombre de la région) viendront montrer leur production de l'année. Tout en respectant la diversité des goûts, Terres d'Aquitaine s'efforce d'opérer une sélection rigoureuse. Et espère que la manifestation gagnera de plus en plus de notoriété hors frontières, de sorte que le brassage et la diversité soient plus grands. Car le goût de l'échange est bien la force souterraine de Michel et Louise Gardelle, qui aiment aller à la rencontre de leurs homologues en Afrique, au Maghreb ou ailleurs, et qui savent tisser avec eux des liens solidaires et durables. »

Dominique Godfrey, Sud Ouest Dimanche, 1er juin 2003.

 

Jeune fille au pot orange (Benkroum)

« Flamme noire en terre blanche.


Céramistes de tous les pays, unissez-vous ! Le Festival international de céramique est là pour ça. C'est l'événement de l'année, que l'on soit professionnel, amateur ou simplement curieux. Tous les ans, les potiers du monde se donnent rendez-vous dans le minuscule village d'Hastingues, au cœur de la forêt landaise, ou à l'abbaye d'Arthous, vénérable édifice fondé au XIIe siècle par les prémontrés à un kilomètre de là. Soixante potiers investissent son cloître et son jardin pour exposer et vendre pots et sculptures en grès et en faïence. Les meilleurs créateurs contemporains font partager, parfois avec une truculence toute méridionale, leur passion et leur savoir-faire aux visiteurs de cette foire aussi conviviale qu'originale.

Intérêt de cette manifestation […], sa cinquième édition : les artisans d'Afrique, invités en résidence artistique, enseignent leurs techniques à leurs homologues français et européens. Un bel élan de coopération Sud-Nord. Après les Marocaines du Rif, les Bambara puis les Dogon du Mali et, en 2001, les potières béninoises, c'est au tour des artistes du Burkina.

Jarre de cérémonie de mariage (Ghana)


Souleymane Gandema est bronzier à Koudougou, à quatre-vingt kilomètres de la capitale Ouagadougou.

Il enverra trois de ses fils, Adama, Ousseini et Salif, qui travaillent aussi dans son atelier, transmettre leur savoir-faire. Gageons que la fonte traditionnelle effectuée au milieu du public sera un temps fort du Festival d'Hastingues. Mais pourquoi faire venir des spécialistes de la fonte du bronze dans une manifestation consacrée à la céramique ? Parce que ce sont deux "arts du feu". La potière n'est-elle pas, traditionnellement, l'épouse du forgeron ? Certes, le travail est différent, tout comme les températures de chauffe, mais l'affinité est évidente entre la fonte du métal et celle des minéraux qui servent à recouvrir la céramique.

Dans l'atelier Gandema, on utilise la technique dite "à la cire perdue", la plus ancienne et la plus simple, qui illustre admirablement le rapport entre la terre et le métal. Les objets sont d'abord façonnés dans de la cire d'abeille. On les recouvre ensuite d'une couche d'argile, préalablement mélangée à du crottin d'âne pilé et tamisé, pour la rendre souple et éviter qu'elle ne se rétracte trop à la cuisson. Quand elle est sèche, on en applique une nouvelle couche. Après un deuxième séchage, les moules sont arrosés de barbotine, une terre plus diluée destinée à colmater les fissures éventuelles : il faut absolument empêcher toute fuite du métal en fusion. Une fois bien secs, les moules sont cuits et la cire fondue est récupérée pour resservir par la suite.

Potiere de Benkroum



Au Burkina, les fosses de fusion sont creusées à même le sol. Le métal utilisé par Souleymane Gandema est fait de récupérations diverses : moteurs, robinets, essieux, écrous, etc., auquel il ajoute des déchets de zinc, de laiton ou d'aluminium. Muni de pinces, son fils Ousseini en teste régulièrement la consistance. La méthode est empirique mais très efficace. Lorsqu'il est jugé à point, le métal incandescent est coulé dans les coques de terre, qui seront brisées une fois que tout aura refroidi.

Belle technique, issue du fond des âges, "qui perdure en Afrique alors qu'elle a disparu en Europe", confie Michel Gardelle. Sculpteur et céramiste landais, il est la cheville ouvrière du festival d'Hastingues. Avec son expérience et son "œil" de spécialiste pour tout bagage, ce Français simple et courtois part chaque année en Afrique dénicher les artisans qui possèdent ce que ses compatriotes ont perdu : un "tour de main" et le savoir-faire ancestral. Il mène sa quête avec l'acharneme

nt d'un homme qui redoute que, même au fond des villages, le plastique et la tôle ne finissent un jour par supplanter les pots en terre. Un art ancré dans le quotidien disparaîtrait alors, victime des effets pervers du développement.

Grand pot sur sol Benkroum

A l'ère des matières synthétiques, que pèse en effet l'humble terre cuite ? En Europe, le poids des tuiles et des briques dont on fait les maisons. En Afrique, où les potières font aussi de la terre cuite non émaillée, à basse température, on doit y ajouter celui des multiples ustensiles et récipients pour la conservation. Le matériau est doublement apprécié : il supporte le feu de la cuisson et sa porosité lui confère la capacité de maintenir la fraîcheur de l'eau et des aliments.

Aujourd'hui, potiers français, espagnols, allemands ou italiens viennent réapprendre à l'abbaye d'Arthous. Professionnels, néophytes et amateurs s'y pressent. Et le visiteur, saisi d'une soudaine pulsion artistique, saura y trouver terre, outillage et conseils de praticiens. Nul besoin, donc, de fréquenter les

grandes foires internationales et les coûteux festivals pour se plonger dans des univers étonnants. Le Burkina, qui l'eût cru, se découvrira aussi au détour d'une ruelle dans un village français. La poterie, qui l'eût dit, passionne encore les foules… du monde entier : plus de 8000 visiteurs sont attendus à Hastingues cette année. »

Valérie Thorin, Jeune Afrique, mai 2002.

Potière de Benkroum

 

« Un mariage de terre et de feu.


L'Afrique est une source intarissable pour les arts de la céramique. Après le Mali, le Bénin, le Maroc, la cinquième édition du Festival international des céramiques de l'abbaye d'Arthous, à Hastingues, dans les Landes, s'intéresse cette année au Burkina Faso.

Des céramistes, mais aussi trois bronziers venus des terres arides du Faso, participeront ainsi à ce grand marché potier.

Le public pourra avoir accès, pendant trois jours, aux créations d'une soixantaine d'exposants venus de tout le pays et de l'étranger. Les professionnels, eux, pourront alors partager et échanger connaissances et techniques.

Organisé par le Conseil général des Landes en collaboration avec l'association Terres d'Aquitaine, le festival ne se limite pourtant pas à un grand marché. Bien au contraire.

Les arts de la céramique sont déclinés en expositions photographiques, en musique ou encore en conférences. Ainsi, un groupe de musiciens burkinabé sera présent tout au long du festival.

Des spécialistes donneront des conférences sur les techniques de la céramique et du bronze. Quatre expositions sont également au programme, ayant pour thème les cultures du monde, des photographies du Burkina, ou les travaux de Sophie Combres et de Jean-Paul Van Lith.

Enfin, comme chaque année, le festival organise un atelier destiné aux professionnels, mais accessible à tous.

Un lieu de rencontres où céramistes et bronziers ont la possibilité de créer de nouvelles œuvres, de confronter leurs techniques, et où l'amateur croise quelques-uns des plus grands spécialistes. »

Sébastien Marraud, Sud Ouest Dimanche, 12 mai 2002.

Grand pot Nord Ghana

 


« Si le Festival de la céramique se déroule sur trois jours, le président de l'association Terres d'Aquitaine et créateur de l'événement, Michel Gardelle, réserve les 362 autres jours de l'année à traquer les potiers du monde entier. Cette année un hommage est rendu à l'Afrique, continent qu'il connaît fort bien, par le biais de trois bronziers du Burkina Faso.

Les invités burkinabés ne sont pas seuls, car le groupe de musique Sahaabaa distille son ambiance africaine.En outre, une exposition de photographies sur leur pays natal est proposée à l'intérieur de l'abbaye d'Arthous, sans oublier les œuvres des artistes Sophie Combres et Jean-Paul Van Lith. Le but du festival étant aussi de permettre aux cinquante et quelques potiers présents ce week-end de gagner de l'argent, des pièces sont mises en vente sous un chapiteau. »

Sud Ouest Dimanche, 19 mai 2002.


« Un festival de céramiques d’ici et d’ailleurs […], rien de tel qu’une cuisson rituelle, en direct, proposée par des virtuoses de la céramique ! »

L’Express, Le Magazine, 31 mai 2001.



« Il y a dans le rire d’Alimata la langue universelle des rencontres humaines. Mélange rauque de timidité joyeuse et de débordement heureux, éclats d’ivoire, tête renversées. Nos paroles de bienvenue qu’elle ne peut traduire sont retenues par ses mains seules qu’elle presse contre les nôtres longuement. Et pour certains, voyageurs immobiles, l’Afrique s’incarne ici, dans les Landes, en contrepoint à la fête de la céramique. »

Jean Jacquinot, Revue Céramique et Verre, septembre/octobre 1998.


« Une douzaine [de céramistes occidentaux], pourtant très habiles sur le tour, ont tenu à réapprendre, avec une maladresse touchante, mais obstinée, cette élégance du geste efficace […]. Organisé par l’association Terres d’Aquitaine et soutenu par les Ateliers d’Art de France, ce festival, marqué par la présence des ambassadeurs du Bénin à Bordeaux et à Paris, a accueilli précédemment le Mali, le Maroc et les Dogons du Mali. Il est devenu un événement culturel comptant un nombre croissant de visiteurs, douze mille cette année. »

Revue des Ateliers d’Art, septembre/octobre 2001.

Potière (Bénin)


« L’originalité des stages d’Arthous tient dans cette formule : rencontre avec des hommes et des femmes isolés dans leurs pratiques potières ancestrales. Quatre journées pour découvrir à tâtons la simplicité méthodique de leurs gestes invariables. Beaucoup de barrières à franchir pour communiquer en si peu d’heures mais un passeport commun : l’argile. »

Jean Jacquinot 1999.



« Le Festival de l’Abbaye d’Arthous a choisi de creuser et d’exploiter un filon : celui de la diversité et de la vitalité de la création céramique qu’il met en lumière. »


Sud-Ouest, 14 mai 1999.



« Trois jours durant, des potières du Bénin ont tenté d’inculquer leur savoir-faire à une dizaine de stagiaires »

L’Yonne Républicain 20/06/01


« Arthous célèbre la terre »



Sud-Ouest, 4 juin 2001.

« Trois potières béninoises échangent avec des céramistes français … »

Revue Amina, octobre 2001.

 

Historique :

 

La poterie Dogon au festival d’Arthous (10 au 13 juin 2000).


Un festival international de la céramique se tient depuis trois ans dans la magnifique abbaye d’Arthous qui lui a donné son nom. Il s’est déroulé cette année durant le week-end de Pentecôte, du 10 au 13 juin 2000.

A prés des potières bambara du village de Farako (Mali) il y a deux ans, et des potières du Rif (Maroc) l’an dernier, le festival accueillait cette année des potières du Pays Dogon (Mali). Les trois potières, Mariam Guinou, Yatanou Saye et Yakorom Saye, originaires du village de Tireli, au pied de la falaise de Bandiagara, étaient accompagnées de Michel Coulibali et Kéné Dolo, guide Dogon, qui servait d’interprète.

La venue de trois potières du village de Tireli, avait été précédé, d’un voyage organisé par l’association « Terres d’Aquitaine », durant lequel plusieurs potiers français, Caroline Chevalier, Claude Dutertre, Eric Astoul et Hervé Rousseau ont travaillé chez les potières maliennes, les uns à Farako prés de Ségou et les autres à Tireli même.

Dans le cadre du festival, l’association « Terres d’Aquitaine », animée par Michel Gardelle et Jean-Pierre Chatignol, organisait également un stage de 4 jours, du 10 au 13 juin, auquel ont participé une quinzaine de potiers.

Ce stage était destiné à découvrir les techniques tout à fait particulières utilisées par les potières dogon. Celles-ci façonnent les vases selon une technique multimillénaire, connue sous le nom de « pilonnage sur forme concave ». Elle consiste d’abord à creuser une motte d’argile compacte avec un percuteur de pierre puis à battre intérieurement la forme ébauchée sur une pierre incurvée en lui imposant un mouvement de rotation. Peu à peu le vase prend forme. Les potières poursuivent ensuite le travail de pilonnage sur une natte en fibre de baobab, ce qui a pour effet de créer un motif d’impressions en surface. Le vase est terminé avec un colombin pour créer une lèvre en bourrelet.

Durant toute la durée du stage les potières Dogon ont initié les stagiaires à leur technique et fabriqué elles-mêmes de nombreux pots, sous l’œil intéressé des visiteurs.

Cuisson Turquie


Chez les Dogons la cuisson est réalisée en meule avec comme combustible principal des bouses séchées ; ne disposant pas de crottin et de bouses séchées, le combustible utilisé à Arthous a été des briquettes de crottin de cheval, réalisé par Michel Gardelle. Malheureusement le mauvais temps a sévit et de violentes pluies se sont abattues les jours qui ont précédé le festival. L’humidité importante a obligé à procéder à un séchage des vases en les disposant sur une tôle, au-dessus d’un feu.

Deux cuissons ont été réalisées, la première le lundi durant le festival par les potières Dogons et la seconde le mardi par les stagiaires eux-mêmes.

Le festival comprenait en outre plusieurs expositions : une exposition d’œuvres d’Alain Girel, dans l’église de l’abbaye, une exposition-ventes de poteries Dogons rapportées du Mali et deux petites expositions de photographies réalisées les unes par Michel Renaudeau, auteur d’un ouvrage sur les Dogons et les autre par Louise Gardelle et A. Desbat lors du voyage effectué avec les potiers français.

Comme chaque année depuis la création du festival, un marché de potiers accueillait une soixantaine d’exposants venus d’horizons divers. Malgré un temps peu clément cette troisième édition du festival a été une réussite et a connu un grand succès auprès d’un public chaque année plus nombreux.



Armand Desbat, Directeur de recherche au CNRS à Lyon (céramologie)

Mise à jour le Jeudi, 24 Mars 2011 11:48