Revue de presse :
La poterie kabyle représentera
l’Algérie dans une rencontre qui regroupera plusieurs
pays en France. Maâtkas, réputée pour la fabrication
de la poterie, sera l’hôte de cette manifestation qui
se tient de manière régulière sur le sol français.
Cet art traditionnel sera ainsi
à l’honneur dans un Festival international de céramique
qui aura lieu durant le mois de mai prochain dans le département
des Landes, en France. En effet, dernièrement, une association
de céramistes français Terres d’Aquitaine a
délégué son président M. Michel Gardelle
pour se rendre en Algérie et plus précisément
en Kabylie en vue de sélectionner des potières et
de les inviter à participer au Festival en question. Cet
événement culturel qui se tient chaque année
durant la fête de la Pentecôte qui a lieu à la
mi-mai tout près d’Hastingues, aux environs de Bordeaux,
est co-organisé par ladite association et le Conseil Général
des Landes, a indiqué le responsable de Terres d’Aquitaine.
C’est donc pour sa 11ème édition que trois potières
de la région de Maâtkas ont été conviées
à y participer.
"Notre festival est un espace convivial de rencontre entre
artisans européens et nonb-européens. Plusieurs pays,
notamment africains, ont déjà pris part au festival.
Nous citerons entres autres le Mali, la Guinée, le Bénin,
le Ghana, le Maroc, la Turquie, le Mexique… et pour l’édition
2008, ce sera donc l’Algérie", dira M »
Gardelle, plein d’enthousiasme. Par ailleurs, à une
question relative à la qualité de la poterie kabyle,
le président de l’association Terres d’Aquitaine
et son épouse affirmeront :"La poterie kabyle est très
belle, elle reflète en quelque sorte une dimension de la
culture berbère qui demeure très riche !" Par
ailleurs, il faut noter que ce couple de céramistes français
a été subjugué par la beauté de la Kabylie.
Ils n’ont pas caché également leur admiration
de l’un de ses meilleurs arts traditionnels, à savoir
la poterie. "C’est dommage que sa production ait diminué
au fil des temps !", regrettent-ils. Aussi, les hôtes
de la capitale de la poterie kabyle, Maâtkas en l’occurrence,
ont visité plusieurs villages et se sont rendus chez plusieurs
potières pour admirer leurs œuvres artistiques. A l’issue
de leur tournée, trois femmes ont été sélectionnées
et devront participer à ce festival très populaire
en France. Il est attendu des distinctions pour les représentantes
algériennes à la fin de cette manifestation. Car,
leur sensibilité et leur savoir-faire sont très appréciés.
Leur sélection à ce festival est une forme d’encouragement
au moment où l’artisanat de manière générale
connaît un net recul en matière de production et de
commercialisation.
Aux couleurs du monde
« Autour et au milieu des belles
pierres de l’abbaye d’Arthous, à Hastingues, se tient le neuvième
Festival international de céramique. Il a commencé samedi et s’achève
aujourd’hui. Plus de soixante exposants y jettent leurs couleurs
à la vue des chalands. C’est tentant, car artistique et façonné
avec un savoir-faire étonnant. Des poteries, des faïences, des grès,
des sculptures de fer, etc. La vue est belle… Et le fond sonore
dépaysant, car le Mali est à l’honneur.
Plus précisément les forgerons dogons et d’autres Maliens, outillés
non pas avec des enclumes et autres bigornes, mais avec des instruments
de musique traditionnels. "Moi, je n’aurais pas été capable de monter
cette pièce au colombin", entend-on. "Tu l’as recouverte de chamotte
?"
"C’est une question de séchage !" On sent tout de suite que l’on
a affaire à des spécialistes passionnés. D’ailleurs, il n’y a qu’à
observer le résultat pour s’en persuader.
Cette touriste espagnole craque : "Elles sont vraiment admirables
vos carafes ! J’en prends trois". Des pichets ocres, elle va se
diriger vers les pots géants, dans la cour. Là, quelques Anglais
admirent "le raffinement dont font preuve les artisans français".
Pendant ce temps, les Maliens proposent
leur démonstration de forge traditionnelle sous le chapiteau. Au
moyen de soufflets en peau de bête, ils préparent leurs objets d’art.
Et captent l’attention. L’association Terres d’Aquitaine qui s’est
échappée en Pays Dogon, a bien fait de les convaincre d’embarquer
pour Hastingues. Car leur tour de main hérité depuis deux millénaire
fascine.
Se dirigeant vers l’église, un jeune couple entend "profiter de
la fraîcheur". Pour son plus grand plaisir, il y trouvera notamment
les créations d’Edmée Delsol. Des sculptures de verre et de terre…
"qui feraient bien dans notre salon", se disent les tourtereaux.
Finalement, le Festival de la céramique, c’est un peu un grand marché.
En plus cher, souvent. Mais surtout en plus beau.
Pour les exposants, c’est aussi un moyen de se faire connaître et
d’échanger leur expérience avec celle du voisin. Tout le monde s’y
retrouve ».
Des forgerons
dogons en résidence à Hastingues
« C’est après avoir visionné le
film Inagina, l’ultime maison du fer, en compagnie de Michel
Rozier, forgeron-sculpteur, que Michel Gardelle, céramiste et président
de l’association Terres d’Aquitaine, a eu l’idée, il y a deux ans,
d’accueillir en résidence artistique des forgerons maliens sur le
Festival d’Arthous. Mais pourquoi faire venir des spécialistes du
fer dans une manifestation consacrée à la céramique ? "Parce que
ce sont deux disciplines rattachées aux "arts du feu", explique
M. Rozier. La potière n’est-elle pas, dans ces pays, traditionnellement
l’épouse du forgerons ? Et même si les techniques sont différentes,
tout comme les températures de chauffe, il existe des affinités
évidentes entre le travail du métal et celui de la terre au niveau
des matériaux, de l’outillage, de la terminologie employée, etc.,
que nous souhaitions mettre en valeur".
[…] C’est ainsi qu’en discutant avec les populations locales, nos
quatre amis ont pu découvrir chez les Bambaras à 200 km de Bamako,
un premier site de bas-fourneaux où, au regard des montagnes de
scories présentes sur place, il était évident que des réductions
avaient été menées là depuis des centaines d’années. […] …. nos
voyageurs se sont ensuite rendus en Pays Dogon pour retourner sur
le lieu même où le film Inagina avait été tourné en 1995 par des
archéologues suisses. "Sur place, raconte M. Rozier, nous avons
retrouvé de vieux forgerons qui avaient participé au tournage de
ce documentaire qui rend honneur au savoir des derniers "maîtres
de fonte africains". Nous sommes montés à l’endroit où s’est déroulée
cette ultime réduction pour, hélas, constater qu’il ne restait plus
que des vestiges de cette pratique. Les bas-fourneaux ne subsistent
qu’à l’état de ruine."
[…] "C’est ici, poursuit
M. Rozier, que nous avons rencontré Ousmane Dioh qui, 11 ans plus
tôt, avait lui aussi participé au film Inagina. Etant moi-même du
métier, le contact est très vite passé entre nous. Aussi lui ai-je
demandé de forger pour qu’il nous montre certaines particularités
de son "tour de main". Dans la foulée, nous lui avons proposé de
venir en résidence sur le festival 2006. Il en fut ému aux larmes
: pour lui, ce n’était pas la première fois que l’occasion d’aller
en Europe se présentait. En effet, les réalisateurs du film l’avaient
déjà sollicité, mais à l’époque sa famille avait refusé de le laisser
partir. Trop de travail à la maison."
[…] … nos voyageurs vont faire la connaissance d’un autre forgeron,
Yessa Akougnou Faye. Egalement spécialisé dans la fabrication d’outils,
cet artisan développe en parallèle une production plus personnelle
: des œuvres inspirées de la cosmogonie Dogon.
[…] Au cours de ces trois jours d’exposition, nos deux forgerons
auront donc initié le public à la construction d’un bas-fourneau
traditionnel dogon. Cependant, en raison de délais trop courts (à
l’époque où ils fabriquaient encore eux-mêmes leur métal au pied
de la falaise Bandiagara, près d’un mois de travail était nécessaire
entre la récolte du minerai, la fabrication du charbon de bois,
la construction du four, le séchage des couches d’argile réfractaire,
la réduction proprement dite et, enfin, le rituel consistant à remercier
la terre d’avoir donné le fer), il n’a pas été possible de procéder
à une réduction in situ. En revanche, Yessa Akougnou Faye et Ousmane
Dioh se sont attachés à démontrer leur savoir-faire de forge à travers
la fabrication de pièces forgées de toutes sortes : des appuie-tête
(objet traditionnel destiné à être placé sous la nuque des défunts
par lequel son propriétaire affiche son appartenance ethnique et
familiale), des sculptures féminines symbolisant la fécondité, des
outils pour le travail des champs, des couteaux de chasse, des haches,
etc. […] ».
Céramique d'ici et d'ailleurs
« Je n’ai jamais vu un marché de
potier semblable. Tout le monde vit en autarcie ici. C’est un endroit
magique, un véritable bouillon d’échange et de culture", s’enthousiasme
Bernard Thiran. Cet enseignant de l’École Supérieure des Métiers
d’Art d’Arras n’a pas hésité à parcourir la France pour accompagner
ses élèves, cinq jeunes filles, à la découverte de ce lieu atypique.
"Je tenais à ce qu’elles découvrent l’atmosphère qui règne ici,
cet esprit d’entraide, tellement propre à l’univers de la céramique.
C’est aussi l’occasion de leur faire découvrir d’autres savoir-faire."
Le Festival d’Arthous se veut en effet ouvert sur le monde. Avec
une nette inclinaison pour l’Afrique noire : sur huit éditions,
seules deux, la Turquie et le Mexique, ont dérogé à la règle. "C’est
vrai qu’on est attaché à l’Afrique, reconnaît Michel Gardelle, président
de l’association Terres d’Aquitaine et responsable de la sélection.
Là-bas, les artisans continuent d’utiliser des modes de fabrication
qui sortent de la nuit des temps et qui ont souvent disparu ici.
On a beaucoup à apprendre." ."
Lui-même se rend régulièrement sur place, pour arpenter les villages
en quête d’artisans prêts à venir en France. L’idée étant de maintenir
des liens sur le long terme : "En Afrique, la céramique est souvent
dénigrée, personne n’y accorde d’importance, poursuit Michel Gardelle.
Notre but, c’est d’aider les artisans à se faire connaître, pour
les valoriser. Par exemple, les potières béninoises qui sont venues
à Arthous il y a deux ans ont récemment été contactées par un autre
festival, en Angleterre." ."
Après le Bénin, le Ghana : dans la prairie de l’abbaye, trois potières
ghanéennes enseignent leur savoir-faire à d’autres céramistes, tous
professionnels. Malgré la barrière de la langue, la communication
passe plutôt bien. En partie grâce à Sam, l’interprète, qui passe
sans problème du toui, la langue locale, au français ou à l’anglais.
Et puis les gestes se passent de mots. Parmi les apprentis, les
cinq élèves de l’école d’Arras, venues profiter du stage, sont ravies.
[…] terre vernissée, grès, porcelaines… Sur les stands, on trouve
de tout, du plus traditionnel au très contemporain. Les céramistes
invités à présenter leur œuvre viennent de partout en Europe. […]
À l’intérieur de l’abbaye, l’ambiance est tout de suite plus solennelle.
Une exposition regroupe les œuvres de deux céramistes contemporains :
Daphné Corrégan et Jean Nicolas Gérard. "L’an dernier, nous avons
reçu Fanny Ferré. Les pièces étaient monumentales, de grands personnages
qui emplissaient l’espace. Cette année c’était plus difficile, car
les pièces sont plus petites." La mise en scène se joue pourtant
avec habilité du caractère imposant des lieux.
[…] En huit ans,
le festival a gagné en notoriété. On y vient des alentours, de Dax,
Bayonne ou Bordeaux. Mais aussi de plus loin. "Le public, ici, est
vraiment intéressé par la céramique, explique Sylvie Rusé-Maillard,
céramiste. C’est un public de passionnés… J’ai une production qui
s’adresse à un public haut de gamme, pas celui du marché traditionnel.
Je le trouve ici. Ce festival est une aubaine pour moi. Certaines
personnes reviennent me voir d’une année sur l’autre, pour m’acheter
une nouvelle pièce."
Si le public se déplace jusqu’à Hastingues, petit village à la frontière
des Landes et du pays basque, c’est aussi pour l’atmosphère du festival,
si particulière. Passer trois jours dans ce lieu clos, plongé en
pleine nature, donne l’impression d’être hors du temps. […] L’atmosphère
des années 70 n’est pas loin. Une atmosphère encore renforcée par
la programmation d’un concert en nocturne, le samedi soir. A la
tombée de la nuit, la pelouse est prise d’assaut par les danseurs,
qui déambulent sur les rythmes africains. […] "Ici, c’est un peu
le Woodstock de la céramique, estime Pauline. On est coupé du monde."
Une parenthèse qui prend fin au bout de trois jours : chacun repart
chez soi. Il faut replier les stands, remballer les affaires. Mais
ce n’est que partie remise : l’année prochaine, le rendez-vous est
inchangé".
Naissance d’une jarre.
« Courbées, les mains et avant-bras
maculés de terre, Grace, Happy et Dyianna s’activent autour des
pièces qu’elles façonnent depuis hier matin. Originaires du village
de Benkroum, au centre du Ghana, les trois femmes animent le stage
de poterie organisé dans le cadre du 8ème Festival International
de céramique, qui a pis des quartiers jusqu’à demain dans le bel
écrin de l’abbaye d’Arthous. Les trois Ghanéennes ne parlent ni
français, ni anglais, mais, sous ce chapiteau ouvert aux regards,
le langage est avant tout celui des mains. "En Europe, nous travaillons
surtout avec des tours", commente Laurent Dufour, potier alsacien
et membre de l’association Terres d’Aquitaine, co-organisatrice
du festival avec le Conseil Général. "et c’est vraiment compliqué
de tourner uniquement à la main".
Aidé
des trois invitées, les quinze stagiaires, céramistes professionnels
ou étudiants aux beaux-arts, modèlent des jarres de plusieurs gabarits.
Des poteries réalisées en deux parties, avant d’être cuites à l’ancienne.
Prévue pour cet après-midi, cette cuisson en public et au grand
air sera sans doute reportée à demain ou à mardi. Les pièces doivent
en effet sécher au préalable ; une étape qui ne pose pas de problème
sous le soleil du Ghana, mais qui est nettement plus aléatoire sous
nos cieux tempérés. D’où le recours à un générateur d’air chaud
orienté vers les pièces déjà façonnées. "C’est une terre très agréable
à toucher, très plastique" souligne Richard Manzo, venu du Var pour
participer à ce stage. "Quant à la technique, c’est le potier qui
tourne autour du pot !"
Si les mots pour expliquer viennent à manquer, Sam Cole, l’accompagnateur
des trois Ghanéennes, se fait leur porte-parole : "Ces pots servent
à beaucoup de choses au Ghana. Dans les villages, ils sont souvent
installés devant les habitations pour recueillir l’eau de pluie.
On les utilise aussi pour puiser l’eau, faire la cuisine, ou comme
objets de décoration." Prises dans les campagnes ghanéennes à l’automne
dernier, les photographies de Louise Gardelle donnent un aperçu
de la réalisation sur place de ces poteries. Céramiste à Canenx
et Réaut, Michel Gardelle est pour sa part le commissaire de l’exposition-vente
qui se déroule entre la cour et le jardin de l’abbaye. Venus des
quatre coins de France, d’Allemagne, des Pays-Bas ou de Belgique,
les soixante-quatre artisans présents à Hastingues ont tous été
invités pour la qualité de leur travail. Utiles ou décoratives,
sobres ou chamarrées, issues de plusieurs techniques, leurs poteries
et sculptures sont en grès, faïence, émail ou parcelaine".
« Viva Mexico !
C'est le Mexique et ses terres cuites
colorées que le 7ème Festival international de céramique reçoit
cette année à Arthous, dans les Landes, du 29 au 31 mai. Ester Hernandez
Hernandez et Maria Edgari Paredes Vasquez, potières indiennes de
la région de Veracruz, viennent d'Amérique latine accompagnées de
la céramiste Claudia Cancino pour dévoiler leur savoir-faire aux
professionnels et au public qui assistera à des cuissons traditionnelles.
Une exposition de pièces
et de photos et des conférences feront découvrir divers aspects
de la poterie mexicaine tandis que "Les Mariachis" assureront l'animation
musicale. Le jardin et la cour de l'abbaye accueillent par ailleurs
soixante-quatre céramistes d'Europe pour un grand marché convivial.
Enfin, les groupes de personnages sculptés grandeur nature dans
l'argile par Fanny Ferré imprègneront de leur silence l'église de
l'abbaye".
« Céramiques d'ici et d'ailleurs.
Ils étaient au Mexique en novembre dernier,
arpentant les routes de village en village, à l'affût de cet art
ancestral : la poterie. Comme ils l'avaient fait au Mali, au Burkina
ou au Maroc, Louise et Michel Gardelle cherchaient cette tradition
séculaire : la poterie culinaire, majoritairement réalisée par des
femmes, qui, dans chaque région, chaque pays, met en œuvre des techniques
de façonnage, de décor ou de cuisson originales. Aidés de Juan Sanchez,
archéologue à Xalapa, ils ont découvert les potières du village
de San Miguel Aguazuelos.
Deux d'entre elles ont accepté de traverser l'océan pour partager
au cœur des Landes leur savoir-faire avec leurs homologues français.
[…] Depuis la première édition du Festival international de céramique,
en 1998, Michel Gardelle, céramiste, veut défendre "cet art qui
n'est pas majeur dans les esprits, alors que c'est un moyen d'expression
à part entière". Valoriser le travail de potiers ou céramistes du
monde entier, transmettre leur savoir-faire à leurs alter ego ici,
créer des liens et un lieu de rencontre à travers le marché de potiers,
entre professionnels et avec le public.
Le Conseil général des Landes, via le
Centre départemental du Patrimoine, finance et gère le projet depuis
la première aventure, lui confiant le commissariat de ce festival.
"Une manifestation qu s'inscrit dans le long terme et qui veut affirmer
la céramique comme un art", explique Philippe Camin, conservateur
départemental des Musées et du Patrimoine des Landes". La céramique
est un des domaines des arts plastiques les plus dynamiques en France.
Mais il manque de reconnaissance publique. Pourtant, derrière le
travail de la terre et des émaux, il y a des techniques très pointues
et une réelle expression artistique".
« Installé au
fin fond de la forêt de pins dans une maison landaise d'un autre
siècle, Michel Gardelle n'a pourtant rien d'un solitaire. Chaque
année, il propose même l'un des événements les plus conviviaux des
Landes du Sud, le Festival international de céramique de l'abbaye
d'Arthous. Gardelle, créateur de l'association Terres d'Aquitaine,
est un céramiste reconnu. Un plasticien aussi, dans la mesure où
sa production se rapproche davantage de la sculpture que de la poterie
utilitaire. Ses totems ou ses boîtes sur roulettes montrent une
grande décontraction à l'égard des formes traditionnelles, et son
usage de la couleur par engobe sous émail une subtilité assez remarquable.
Mais il appartient quand même à la grande famille de la terre et
du feu. Et son festival s'efforce d'en refléter la diversité. Dans
l'église, d'abord, sont présentés deux artistes invités qui servent
d'inspirateurs et tirent la manifestation vers le haut.
Cette année, il s'agit
de la plasticienne japonaise Haguiko et du céramiste sculpteur Gilles
Suffren. La première, professeur d'espace-design aux Beaux-Arts
de Marseille, travaille des plaques laminées et enroulées, transformées
en disques, cylindres, dalles, et recomposées en installations complexes
où l'eau, le verre ou le papier viennent parfois s'intégrer. Ses
œuvres figurent dans la collection de plusieurs FRAC et musées français.
C'est le cas aussi pour Gilles Suffren qui utilise les blocs de
céramique pour? des compositions dans l'espace d'esprit minimaliste.
Deux potières turques. A l'opposé, l'aspect purement technique
est assumé par des potiers (des potières le plus souvent) venus
de pays où ils pratiquent des techniques traditionnelles. C'est
ainsi que des Marocaines, des Bambaras, des Dogon du Mali, des Béninoises,
des femmes du Burkina se sont succédées au cours des années pour
faire démonstration de leur savoir-faire et échanger leurs connaissances
avec les céramistes européens.
Pour beaucoup de ces artisanes,
c'était le premier voyage hors de leur pays, et la famille Gardelle
leur a épargné le mal du pays en les recevant avec une chaleur toute
amicale. Cette année, les invitées sont deux potières turques du
village de Gökeyup qui réaliseront en public les objets de leur
production habituelle. Les céramistes intéressés viendront travailler
avec elles pour s'imprégner de leur technique spécifique. Et, chacun
d es trois soirs du festival, à l'heure de la fête, la musique turque
sera à l'honneur. Et puis il y aura "le grand marché" où une soixantaine
de céramistes européens mis surtout français (dont un certain nombre
de la région) viendront montrer leur production de l'année. Tout
en respectant la diversité des goûts, Terres d'Aquitaine s'efforce
d'opérer une sélection rigoureuse. Et espère que la manifestation
gagnera de plus en plus de notoriété hors frontières, de sorte que
le brassage et la diversité soient plus grands. Car le goût de l'échange
est bien la force souterraine de Michel et Louise Gardelle, qui
aiment aller à la rencontre de leurs homologues en Afrique, au Maghreb
ou ailleurs, et qui savent tisser avec eux des liens solidaires
et durables. »
« Flamme noire en terre blanche.
Céramistes de tous les pays, unissez-vous
! Le Festival international de céramique est là pour ça. C'est l'événement
de l'année, que l'on soit professionnel, amateur ou simplement curieux.
Tous les ans, les potiers du monde se donnent rendez-vous dans le
minuscule village d'Hastingues, au cœur de la forêt landaise, ou
à l'abbaye d'Arthous, vénérable édifice fondé au XIIe siècle par
les prémontrés à un kilomètre de là. Soixante potiers investissent
son cloître et son jardin pour exposer et vendre pots et sculptures
en grès et en faïence. Les meilleurs créateurs contemporains font
partager, parfois avec une truculence toute méridionale, leur passion
et leur savoir-faire aux visiteurs de cette foire aussi conviviale
qu'originale.
Intérêt de cette manifestation […], sa cinquième édition : les artisans
d'Afrique, invités en résidence artistique, enseignent leurs techniques
à leurs homologues français et européens. Un bel élan de coopération
Sud-Nord. Après les Marocaines du Rif, les Bambara puis les Dogon
du Mali et, en 2001, les potières béninoises, c'est au tour des
artistes du Burkina.
Souleymane Gandema est
bronzier à Koudougou, à quatre-vingt kilomètres de la capitale Ouagadougou.
Il enverra trois de ses fils, Adama, Ousseini et Salif, qui travaillent
aussi dans son atelier, transmettre leur savoir-faire. Gageons que
la fonte traditionnelle effectuée au milieu du public sera un temps
fort du Festival d'Hastingues. Mais pourquoi faire venir des spécialistes
de la fonte du bronze dans une manifestation consacrée à la céramique
? Parce que ce sont deux "arts du feu". La potière n'est-elle pas,
traditionnellement, l'épouse du forgeron ? Certes, le travail est
différent, tout comme les températures de chauffe, mais l'affinité
est évidente entre la fonte du métal et celle des minéraux qui servent
à recouvrir la céramique.
Dans l'atelier Gandema, on utilise la technique dite "à la cire
perdue", la plus ancienne et la plus simple, qui illustre admirablement
le rapport entre la terre et le métal. Les objets sont d'abord façonnés
dans de la cire d'abeille. On les recouvre ensuite d'une couche
d'argile, préalablement mélangée à du crottin d'âne pilé et tamisé,
pour la rendre souple et éviter qu'elle ne se rétracte trop à la
cuisson. Quand elle est sèche, on en applique une nouvelle couche.
Après un deuxième séchage, les moules sont arrosés de barbotine,
une terre plus diluée destinée à colmater les fissures éventuelles
: il faut absolument empêcher toute fuite du métal en fusion. Une
fois bien secs, les moules sont cuits et la cire fondue est récupérée
pour resservir par la suite.
Au Burkina, les fosses
de fusion sont creusées à même le sol. Le métal utilisé par Souleymane
Gandema est fait de récupérations diverses : moteurs, robinets,
essieux, écrous, etc., auquel il ajoute des déchets de zinc, de
laiton ou d'aluminium. Muni de pinces, son fils Ousseini en teste
régulièrement la consistance. La méthode est empirique mais très
efficace. Lorsqu'il est jugé à point, le métal incandescent est
coulé dans les coques de terre, qui seront brisées une fois que
tout aura refroidi.
Belle technique, issue du fond des âges, "qui perdure en Afrique
alors qu'elle a disparu en Europe", confie Michel Gardelle. Sculpteur
et céramiste landais, il est la cheville ouvrière du festival d'Hastingues.
Avec son expérience et son "œil" de spécialiste pour tout bagage,
ce Français simple et courtois part chaque année en Afrique dénicher
les artisans qui possèdent ce que ses compatriotes ont perdu : un
"tour de main" et le savoir-faire ancestral. Il mène sa quête avec
l'acharnement d'un homme qui redoute que, même au fond des villages,
le plastique et la tôle ne finissent un jour par supplanter les
pots en terre. Un art ancré dans le quotidien disparaîtrait alors,
victime des effets pervers du développement.
A l'ère des matières synthétiques,
que pèse en effet l'humble terre cuite ? En Europe, le poids des
tuiles et des briques dont on fait les maisons. En Afrique, où les
potières font aussi de la terre cuite non émaillée, à basse température,
on doit y ajouter celui des multiples ustensiles et récipients pour
la conservation. Le matériau est doublement apprécié : il supporte
le feu de la cuisson et sa porosité lui confère la capacité de maintenir
la fraîcheur de l'eau et des aliments.
Aujourd'hui, potiers français, espagnols, allemands ou italiens
viennent réapprendre à l'abbaye d'Arthous. Professionnels, néophytes
et amateurs s'y pressent. Et le visiteur, saisi d'une soudaine pulsion
artistique, saura y trouver terre, outillage et conseils de praticiens.
Nul besoin, donc, de fréquenter les grandes foires internationales
et les coûteux festivals pour se plonger dans des univers étonnants.
Le Burkina, qui l'eût cru, se découvrira aussi au détour d'une ruelle
dans un village français. La poterie, qui l'eût dit, passionne encore
les foules… du monde entier : plus de 8000 visiteurs sont attendus
à Hastingues cette année. »
« Un mariage
de terre et de feu.
L'Afrique est une source intarissable
pour les arts de la céramique. Après le Mali, le Bénin, le Maroc,
la cinquième édition du Festival international des céramiques de
l'abbaye d'Arthous, à Hastingues, dans les Landes, s'intéresse cette
année au Burkina Faso.
Des céramistes, mais aussi trois bronziers venus des terres arides
du Faso, participeront ainsi à ce grand marché potier.
Le public pourra avoir accès, pendant trois jours, aux créations
d'une soixantaine d'exposants venus de tout le pays et de l'étranger.
Les professionnels, eux, pourront alors partager et échanger connaissances
et techniques.
Organisé par le Conseil général des Landes en collaboration avec
l'association Terres d'Aquitaine, le festival ne se limite pourtant
pas à un grand marché. Bien au contraire.
Les arts de la céramique sont déclinés en expositions photographiques,
en musique ou encore en conférences. Ainsi, un groupe de musiciens
burkinabé sera présent tout au long du festival.
Des spécialistes donneront des conférences sur les techniques de
la céramique et du bronze. Quatre expositions sont également au
programme, ayant pour thème les cultures du monde, des photographies
du Burkina, ou les travaux de Sophie Combres et de Jean-Paul Van
Lith.
Enfin, comme chaque année, le festival organise un atelier destiné
aux professionnels, mais accessible à tous.
Un lieu de rencontres où céramistes et bronziers ont la possibilité
de créer de nouvelles œuvres, de confronter leurs techniques, et
où l'amateur croise quelques-uns des plus grands spécialistes. »
« Si le Festival
de la céramique se déroule sur trois jours, le président de l'association
Terres d'Aquitaine et créateur de l'événement, Michel Gardelle,
réserve les 362 autres jours de l'année à traquer les potiers du
monde entier. Cette année un hommage est rendu à l'Afrique, continent
qu'il connaît fort bien, par le biais de trois bronziers du Burkina
Faso.
Les invités burkinabés ne sont pas seuls, car le groupe de musique
Sahaabaa distille son ambiance africaine.En outre, une exposition
de photographies sur leur pays natal est proposée à l'intérieur
de l'abbaye d'Arthous, sans oublier les œuvres des artistes Sophie
Combres et Jean-Paul Van Lith. Le but du festival étant aussi de
permettre aux cinquante et quelques potiers présents ce week-end
de gagner de l'argent, des pièces sont mises en vente sous un chapiteau. »
« Un festival
de céramiques d’ici et d’ailleurs […], rien de tel qu’une cuisson
rituelle, en direct, proposée par des virtuoses de la céramique ! »
« Il y a dans le rire
d’Alimata la langue universelle des rencontres humaines. Mélange
rauque de timidité joyeuse et de débordement heureux, éclats d’ivoire,
tête renversées. Nos paroles de bienvenue qu’elle ne peut traduire
sont retenues par ses mains seules qu’elle presse contre les nôtres
longuement. Et pour certains, voyageurs immobiles, l’Afrique s’incarne
ici, dans les Landes, en contrepoint à la fête de la céramique. »
« Une douzaine [de
céramistes occidentaux], pourtant très habiles sur le tour, ont
tenu à réapprendre, avec une maladresse touchante, mais obstinée,
cette élégance du geste efficace […]. Organisé par l’association
Terres d’Aquitaine et soutenu par les Ateliers d’Art de France,
ce festival, marqué par la présence des ambassadeurs du Bénin à
Bordeaux et à Paris, a accueilli précédemment le Mali, le Maroc
et les Dogons du Mali. Il est devenu un événement culturel comptant
un nombre croissant de visiteurs, douze mille cette année. »
« L’originalité des stages d’Arthous tient dans cette
formule : rencontre avec des hommes et des femmes isolés dans leurs
pratiques potières ancestrales. Quatre journées pour découvrir à
tâtons la simplicité méthodique de leurs gestes invariables. Beaucoup
de barrières à franchir pour communiquer en si peu d’heures mais
un passeport commun : l’argile. »
« Le Festival de l’Abbaye
d’Arthous a choisi de creuser et d’exploiter un filon : celui de
la diversité et de la vitalité de la création céramique qu’il met
en lumière. »
« Trois jours durant,
des potières du Bénin ont tenté d’inculquer leur savoir-faire à
une dizaine de stagiaires »
«
Arthous célèbre la terre »
« Trois potières béninoises
échangent avec des céramistes français … »
Historique :
La poterie Dogon au festival
d’Arthous (10 au 13 juin 2000).
Un festival international de la céramique
se tient depuis trois ans dans la magnifique abbaye d’Arthous qui
lui a donné son nom. Il s’est déroulé cette année durant le week-end
de Pentecôte, du 10 au 13 juin 2000.
A prés des potières bambara du village de Farako (Mali) il y a deux
ans, et des potières du Rif (Maroc) l’an dernier, le festival accueillait
cette année des potières du Pays Dogon (Mali). Les trois potières,
Mariam Guinou, Yatanou Saye et Yakorom Saye, originaires du village
de Tireli, au pied de la falaise de Bandiagara, étaient accompagnées
de Michel Coulibali et Kéné Dolo, guide Dogon, qui servait d’interprète.
La venue de trois potières du village de Tireli, avait été précédé,
d’un voyage organisé par l’association « Terres d’Aquitaine », durant
lequel plusieurs potiers français, Caroline Chevalier, Claude Dutertre,
Eric Astoul et Hervé Rousseau ont travaillé chez les potières maliennes,
les uns à Farako prés de Ségou et les autres à Tireli même.
Dans le cadre du festival, l’association « Terres d’Aquitaine »,
animée par Michel Gardelle et Jean-Pierre Chatignol, organisait
également un stage de 4 jours, du 10 au 13 juin, auquel ont participé
une quinzaine de potiers.
Ce stage était destiné à découvrir les techniques tout à fait particulières
utilisées par les potières dogon. Celles-ci façonnent les vases
selon une technique multimillénaire, connue sous le nom de « pilonnage
sur forme concave ». Elle consiste d’abord à creuser une motte d’argile
compacte avec un percuteur de pierre puis à battre intérieurement
la forme ébauchée sur une pierre incurvée en lui imposant un mouvement
de rotation. Peu à peu le vase prend forme. Les potières poursuivent
ensuite le travail de pilonnage sur une natte en fibre de baobab,
ce qui a pour effet de créer un motif d’impressions en surface.
Le vase est terminé avec un colombin pour créer une lèvre en bourrelet.
Durant toute la durée du stage les potières Dogon ont initié les
stagiaires à leur technique et fabriqué elles-mêmes de nombreux
pots, sous l’œil intéressé des visiteurs.
Chez les Dogons
la cuisson est réalisée en meule avec comme combustible principal
des bouses séchées ; ne disposant pas de crottin et de bouses
séchées, le combustible utilisé à Arthous a été des briquettes de
crottin de cheval, réalisé par Michel Gardelle. Malheureusement
le mauvais temps a sévit et de violentes pluies se sont abattues
les jours qui ont précédé le festival. L’humidité importante a obligé
à procéder à un séchage des vases en les disposant sur une tôle,
au-dessus d’un feu.
Deux cuissons ont été réalisées, la première le lundi durant le
festival par les potières Dogons et la seconde le mardi par les
stagiaires eux-mêmes.
Le festival comprenait en outre plusieurs expositions : une exposition
d’œuvres d’Alain Girel, dans l’église de l’abbaye, une exposition-ventes
de poteries Dogons rapportées du Mali et deux petites expositions
de photographies réalisées les unes par Michel Renaudeau, auteur
d’un ouvrage sur les Dogons et les autre par Louise Gardelle et
A. Desbat lors du voyage effectué avec les potiers français.
Comme chaque année depuis la création du festival, un marché de
potiers accueillait une soixantaine d’exposants venus d’horizons
divers. Malgré un temps peu clément cette troisième édition du festival
a été une réussite et a connu un grand succès auprès d’un public
chaque année plus nombreux.
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